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DECLARATION
FINALE DE LA
CONFERENCE INTERNATIONALE SUR LES MGF: DEVELOPPER UN ENVIRONNEMENT
POLITIQUE, LEGAL ET SOCIAL POUR LA MISE EN OEUVRE DU PROTOCOLE DE
MAPUTO
Nairobi, Kenya, 16-18 septembre 2004
A l’issue de la Conférence Internationale sur les MGF, "Développer un
environnement politique, légal et social pour la mise en oeuvre du
Protocole de Maputo", a l'invitation de NPWJ, du gouvernement du Kenya
et de AMWIK , avec le support technique de AIDOS, organisée dans le
cadre de la campagne "Stop FGM", et soutenue par CIDA-GESP, UNICEF
avec la Coopération Italienne, l’Ambassade du Royaume de Norvège,
l'UNIFEM conjointement avec le gouvernement Suédois, le Sigrid Rausing
Trust, l’Ambassade de France et GTZ, à Nairobi, du 16 au 18 septembre
2004:
Soulignant que beaucoup des pays Africains et Arabes affectés par les
pratiques des MGF ont été présents à la Conférence Internationale sur
les MGF de Nairobi, tant au niveau gouvernemental qu’à travers les
représentants de la Société Civile, ainsi que nombreux représentants
d’autres pays, faisant de cette Conférence une opportunité unique pour
le dialogue et l'échange d'information sur la façon de développer le
meilleur cadre politique, légal et social pour l'élimination des MGF,
en mettant l'accent en particulier sur la ratification et la mise en
oeuvre de Protocole de Maputo sur les Droits de la Femme à la Charte
Africaine des Droits Humains et des Peuples, ainsi que sur les autres
instruments internationaux ayant trait aux pratiques traditionnelles
néfastes;
Reconnaissant l'importante participation des acteurs Kenyans à la
Conférence Internationale ainsi qu’à la lutte contre les MGF, démontré
par la participation de plus de 600 représentants de la société civile
et du gouvernement venu de Nairobi et des différentes provinces;
Reconnaissant que les pays Africains et Arabes se trouvent chacun à un
différent stade de la lutte contre les MGF et reconnaissant, dans ce
contexte, le rôle joué par le Gouvernement du Kenya d’initiateur dans
ce processus, et rendant à ce sujet tout particulièrement hommage à la
déclaration de S.E. l’Hon.Mwai Kibaki, Président de la République du
Kenya, lue par l'Hon. Arthur Moody Awory, Vice Président de la
République, de l'intention du Kenya de travailler à la ratification du
Protocole de Maputo.
Reconnaissant que la lutte contre les MGF ne représente pas un sujet
de campagne de quelques leaders politiques mais un important problème
à échelle régionale et internationale;
Prenant acte des résultats obtenus par les groupes de travail et de la
qualité des contributions tant des orateurs que de tous les
participants, ainsi que l'importance des contributions techniques des
experts sur les questions liées aux MGF, qui ont rendu possible le
succès de cette Conférence.
Réitérant l’importance de l'Appel International "Stop FGM", lancé le
10 Décembre 2002 et signé par des Premières Dames africaines ainsi que
par des nombreuses personnalités internationales, ainsi que le
Programme "Zero Tolerance pour MGF" lancé par le CIAF (Comite Inter-
Africaine) le 6 Février 2003 et par la suite pris en compte par les
Nations Unies. ;.
Remerciant les organisateurs pour avoir pris l'initiative de convoquer
cette Conférence Internationale à Nairobi, et exprimant tout
particulièrement son appréciation à l'Association AMWIK et au
Gouvernement du Kenya pour l'accueil chaleureux reçu à Nairobi et pour
avoir assuré les meilleures conditions possibles de travail;
Remerciant les sponsors et les autres donateurs pour avoir fourni les
ressources pour cette Conférence Internationale ainsi que pour son
suivi, rendant possible le débat et l’échange d'expériences et
d'information dans un contexte de dialogue ouvert et productif;
Nous les participants, déclarons que:
A. La Conférence Internationale de Nairobi sur les MGF représente un
passage central du processus visant à reconnaître les MGF comme une
question politique, économique, sociale et culturelle affectant les
droits humains, mettant en œuvre le dispositif de la Déclaration du
Caire sur l’élimination des MGF, adopté par les participants de la
Conférence du Caire sur les Instruments Juridiques pour la prévention
des Mutilations Génitales Féminines" du 21-23 juin 2003;
B. La pratique des MGF est une violation des droits de la femme et des
filles et une atteinte à leur dignité. Elle n’a de base dans aucune
religion, mais au contraire elle contribue à la dégradation du statut
des femmes en violant les droits fondamentaux des femmes et des
fillettes. Les efforts pour l'élimination des MGF devraient être
effectués de manière telle à renforcer le concept que la pratique des
MGF est une violation des droits humains ainsi qu’une question
politique; plus particulièrement, l'information du public et
l'éducation sur la pratique des MGF devraient se concentrer sur la
dimension “droits humains” et la nécessité de solutions politiques,
car la médicalisation de la pratique cache le vrai problème et empêche
le développement des solutions effectives a long terme. Les
professionnelles médicales en particulier devraient rejeter les MGF et
reconnaître le problème comme une violation des droits humains des
fillettes et des femmes ;
C. Le Protocole de Maputo, adopté par consensus par les Chefs d’Etat
de l'Union Africaine en juillet 2003, est une initiative très
importante pour l'éradication des pratiques traditionnelles néfastes,
et en particulier l’article 5 sur les MGF. La ratification et la mise
en oeuvre effective du Protocole par le plus grand nombre de pays
africains possible, et sa rapide entrée en vigueur, constituera un pas
en avant considérable, pas seulement pour la lutte contre les MGF mais
aussi pour les droits des femmes et les questions de genre en général.
D. Ayant à l’esprit le rôle législatif des Parlements, des
Gouvernements ainsi que le rôle spécifique du Parlement Pan-Africain
et des autres organes pan-africaines, la Société Civile, y inclus les
organisations non gouvernementales, les organisations des communautés
de bases, les leaders religieux, les membres des communautés et
d'autres, doivent mettre l’accent sur les implications et les
bénéfices de la ratification et de la mise en oeuvre du Protocole de
Maputo, par le lobbying, la fourniture d’information et d'autres
activités similaires.
Nous, les participants, recommandons ce qui suit :
1. Tous les Etats afro-arabes, ainsi que tout autre Etat où les MGF
sont pratiquées doivent mettre en œuvre la Déclaration du Caire sur
les MGF d’une manière intégrée,
2. Les législations qui interdisent les MGF ont une force morale et un
impact éducatif qui peut constituer un élément de prévention concret.
A cet effet:
a) les Etats Membres de l'Union Africaine doivent mettre en oeuvre les
dispositions spécifiques du Protocole de Maputo sur les MGF dans leur
législation interne;
b) les pays qui ne sont pas membres de l'Union Africaine et qui n'ont
pas une législation qui interdit les MGF doivent mettre en vigueur une
législation interne basée sur l'Article 5 du Protocole de Maputo pour
mettre en conformité leurs lois internes et pour soutenir les efforts
des Etats Membres de l'Union Africaine à ce sujet;
c) les pays arabes qui ne sont pas membres de l’Union Africaine
devraient demander à la Ligue Arabe d’inclure la question des
pratiques néfastes dans la Charte Arabe des Droits de l’Homme, comme
un mécanisme régional pour la protection des droits humains des femmes
et des fillettes ;
3. Les Etats devraient adopter des lois coordonnées visant à
l’interdiction des MGF et, lorsque des telles lois auraient déjà été
adoptées, des stratégies appropriées pour s’assurer de la mise en
oeuvre effective de ces dispositions devraient être appliquées. Ces
stratégies devraient être développées en consultation avec tous les
concernés, y inclus les responsables de la mise en oeuvre de la
législation et de la société civile, pour garantir une information du
public consistante et effective, plus particulièrement en ce qui
concerne tous ceux qui pratiquent les MGF, y inclus les professionnels
de la santé et les exciseuses traditionnelles, qui risquent d'être
sanctionner légalement et professionnellement s’ils continuent à
pratiquer les MGF.
4. Dans la mise en oeuvre les dispositions du Protocole de Maputo, les
Etats Membres de l'Union Africaine ainsi que tout autre Etat concerné
devraient convenir d’un large processus consultatif avec les
organisations non-gouvernementales, les organisations des communautés
de bases, les leaders religieux, les membres des communautés et
autres. Lorsque ceci s’avère nécessaire, les gouvernements devraient
avoir recours à l’assistance des groupes et associations qui ont une
expertise spécifique dans la mise en oeuvre des obligations
internationales ayant trait aux droits de la femme dans la législation
nationale, plus particulièrement en ce qui concerne la condamnation et
l'interdiction des MGF.
L’interdiction des MGF devrait être intégrée dans une législation plus
large touchant d'autres questions, comme:
- l'égalité des genres
- la protection de toutes formes de violence contre les femmes et les
enfants
- la santé et les droits reproductifs des femmes
- les droits des enfants.
5.L'usage de la loi devrait être une partie d'une approche
multidisciplinaire pour arrêter la pratique des MGF. Pour
l’élimination effective des MGF, il faut une approche commune et
intégrée pour lutter contre les MGF et pour trouver des solutions pour
combattre la pratique et – dans la perspective d'un processus à
long-terme - pour effectuer des changes du comportement dans la
société. Des campagnes publiques d'information et d'éducation
devraient être entreprises pour joindre le plus grand nombre possible
de personnes sur les stratégies les plus opportunes afin d’éliminer
les MGF partout en Afrique. Outre que les informations pour le public
en général, des campagnes spécifiques pour les groupes vulnérables ou
qui requièrent des informations particulières devraient être
organisées, en incluant les personnes plus à risque, les parents ainsi
que tous ceux qui pratiquent les MGF, y compris les exciseuses
traditionnelles, les chefs coutumiers ainsi que les professionnelles
de la santé.
6. Les institutions académiques ainsi qu’il a été préconisé par la
Conférence Internationale du Caire sur la Population et le
Développement, devraient recevoir la reconnaissance de leur rôle et de
l’expertise qu’ils peuvent fournir dans la mise en œuvre d’un’
environnement social et politique propice à l’élimination des MGF ;
7. Les fillettes et les femmes qui refusent les MGF, pour elles-mêmes
ou pour leurs enfants, ainsi que les chefs religieux et des
communautés prêtes à prendre une position ferme contre la pratique des
MGF, comme ceux qui ont promis de se mobiliser contre les MGF pendant
cette Conférence, ont besoin d'être soutenus et encouragés. En outre,
un soutien et un encouragement devraient être apportés aux hommes et
aux femmes qui veulent dénoncer cette pratique, ou qui pourraient être
amenés à le faire, afin de changer la perception dans beaucoup de
pays, selon la quelle les hommes sont en faveur des MGF.
8. Des programmes de réhabilitation et d’aide aux victimes des MGF
devraient être mis en oeuvre, en ce qui concerne en particulier les
services sanitaires, les aspects légaux et judiciaires, une prise en
charge morale et psychologique, ainsi que la formation
professionnelle, comme établi dans le Protocole de Maputo. Dans la
fourniture de ces services, le gouvernement et la société civile
devraient travailler ensemble pour développer des stratégies aptes à
leur mise en place effective.
9. Les gouvernements et les acteurs internationaux doivent donner un
soutien politique, et si possible, mettre à disposition des ressources
financières pour le renforcement des ONGs dans leur lutte pour
éradiquer les MGF. Les gouvernements, en particulier, devraient
envisager d’allouer des fonds du budget national, et travailler de
concert avec la Société Civile dans la mise en oeuvre de stratégies
pour l’élimination des MGF, y compris par la coopération dans
l’information du public et l’éducation. En outre, les gouvernements
doivent assurer que les ONG nationales peuvent poursuivre leurs
activités librement.
11. Les Etats concernés par les MGF doivent adopter des plans d’action
nationaux pour l’élimination des MGF avec des objectives ponctuels.
Ces plans, qui doivent être financés de façon adéquate, doivent être
conçus et mis en œuvre à travers un processus impliquant pleinement la
société civile.
12. L’Union Africaine devrait charger la Commission africaine des
droits de l’entant et tout autre organisme approprié du suivi des
efforts déployés par les Etats membres en vue de l’élimination des
MGF. |