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VLADIMIR POUTINE PROMET UNE ENQUETE "OBJECTIVE" SUR L'ASSASSINAT
Le Monde - 10 octobre 2006
Vladimir Poutine est sorti de son silence. Le président russe s'est engagé, lundi 9 octobre, à ouvrir une enquête sur le meurtre de la journaliste Anna Politkovskaïa, qu'il a qualifié de "tragique". L'assassinat samedi de cette spécialiste de la Tchétchénie avait suscité l'indignation partout dans le monde, mais la première réaction officielle du président russe se faisait attendre. Poutine a cédé lors d'une conversation téléphonique avec son homologue américain George Bush, qui avait demandé au gouvernement russe de mener "une enquête immédiate et exhaustive". "Au cours de la conversation, Poutine a souligné que les autorités de Russie prendraient toutes les mesures nécessaires à une enquête objective sur la mort tragique de la journaliste Politkovskaïa", a fait savoir le Kremlin dans un communiqué.
Anna Politkovskaïa a été abattue de quatre balles, samedi soir, alors qu'elle rentrait dans son appartement du centre de Moscou après avoir effectué des courses. Cette mère de deux enfants, âgée de 48 ans, est morte sur le coup. Pour les enquêteurs et les observateurs russes, ce meurtre est lié au travail critique de la journaliste à l'égard de Vladimir Poutine. Le comité italien de la presse a ainsi qualifié la mort de Politkovskaïa d'"assassinat politique", et demandé au Kremlin de "démontrer" que les services secrets russes et les autorités tchétchènes pro-russes sont étrangers à ce meurtre. D'après la direction du journal, Politkovskaïa travaillait en effet sur un article consacré aux violations des droits de l'homme par les forces gouvernementales pro-russes en Tchétchénie. Elle n'avait pas encore transmis sa copie au journal lorsqu'elle a été tuée.
UN PAYS MENACÉ PAR LA DÉSINFORMATION
Le Comité de protection des journalistes, organisation basée à New York, affirme que la Russie est le troisième pays le plus dangereux au monde pour les journalistes depuis 1992, derrière l'Irak et l'Algérie. Quarante-deux journalistes sont morts en Russie depuis cette date, la plupart victimes d'assassinats apparemment commandités et non résolus, en l'absence d'une véritable volonté politique. Des proches du président ont eux-mêmes fait comprendre que la liberté de la presse n'était pas une priorité du Kremlin. "Nous allons tout faire pour parvenir à un équilibre entre liberté et ordre", a ainsi déclaré en septembre Vladislav Sourkov, proche collaborateur de Poutine. "La liberté, c'est avoir (une voiture) à conduire et des choses à acheter."
La plupart des Russes s'informent par le biais de la télévision, dont les principales chaînes ont adopté un ton plus que conciliant avec le Kremlin. Politkovskaïa, très critique envers le pouvoir, apparaissait peu dans les médias de son pays. La Novaïa Gazeta, qui tire à 170 000 exemplaires, n'est guère lue en dehors des cercles intellectuels de Russie. Pourtant les chaînes de télévision russes ont accordé une large place à la mort de Politkovskaïa, en insistant notamment sur sa renommée internationale acquise par sa critique de la politique du gouvernement en Tchétchénie. Elles n'ont en revanche guère fait mention de ses critiques acerbes et personnelles contre le chef de l'Etat. Son livre La Russie de Poutine n'a même pas été édité dans son propre pays.
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