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LES DISPARUS DE LA REVOLUTION

Le Monde - 21 mars 2013

Plus d'un millier de Tunisiens qui avait tenté d'émigrer vers l'Europe après de "printemps arabe" n'ont plus donné signe de vie. Sans preuve de leur disparition, les familles ne veulent pas croire à leur décès. Un drame au coeur du Forum social mondial qui s'ouvre à Tunis, fin maes

par Isabelle Mandraud

Il y a foule dans le corridor. Serrant dans leurs mains des photos et des papiers froissés à force d’être triturés, des hommes et des femmes se pressent devant les portes de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, soutenus par le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), une association non gouverne- mentale née en mai 2011, au lendemain de la révolution, pour venir en aide aux migrants, aux réfugiés, aux démunis. Ces anonymes massés dans ce couloir d’un immeuble de Tunis n’en peuvent plus. Deux ans qu’ils recherchent un fils, une sœur, un neveu, disparus lors des vagues d’immigration clandestine parties vers les côtes siciliennes en 2011, après la chute du dictateur Zine El-Abidine Ben Ali. Oublié, leur drame sera au cœur du Forum social mondial, le grand rendez-vous alter- mondialiste, qui s’ouvre pour la première fois en terre arabe, à Tunis, du 26 au 30 mars. Les familles y témoigneront des risques de la migration sauvage et du peu d’humanité qu’elle suscite.

A l’époque président du conseil italien, Silvio Berlusconi avait fait un passage éclair en Tunisie en avril 2011, le temps de dénoncer un «tsunami humain». Trente mille Tunisiens, peut-être plus, jeunes pour la plupart, ont tenté, en l’espace de quelques mois, la traversée sur des barques hasardeuses vers l’Europe. Du jamais-vu, en si peu de temps. Sur les 64 261 personnes recensées par l’agence européenne des frontières (Frontex) ayant franchi le canal de Sicile en 2011, l’organisme reconnaît que 27 864 étaient d’origine tunisienne.

Mille cinq cents passagers, selon les estimations établies en janvier 2012 par le Haut-Commissariat aux Nations unies pour les réfugiés, ont disparu, parmi lesquels plus de 1 000 Tunisiens selon la FTDES. Un chiffre trois fois plus élevé que celui des victimes de la révolution tunisienne. Aucune statistique fiable sur les retours n’a été publiée.

«En 2011, profitant de l’absence de la poli- ce, les passeurs haranguaient en plein jour sur les quais les candidats au départ, com- me dans un festival », soupire Abderrahmane Hedhili, président du FTDES et secrétaire général adjoint de la Ligue tunisienne des droits de l’homme. L’association a déjà constitué le dossier de 500 « disparus en mer » que les autorités italiennes et tunisiennes se rejettent, faute de réponse sur leur sort. Mais, sans preuve, sans corps, les familles ne veulent pas croire au décès de leurs proches. Ramzi Ben Abdelkahder Rhimi, 21 ans au moment des faits, sans emploi, a quitté le domicile familial situé à Ben Arous, tout près de Tunis, pour embarquer le 29 mars 2011 au port de Sidi Mansour, proche de Sfax. « Je ne savais pas qu’il allait partir, il m’a juste dit : “Je vais à la plage” », murmure le père, les épaules affaissées. Dans un coin, la mère se tait. Elle dissimule son visage et ses mains sous un long foulard clair pour cacher les traces de son geste de désespoir, une immolation par le feu. « Ceux qui étaient avec Ramzi l’ont vu monter dans un bus à l’arrivée », s’entête le père. Mais aucune nouvelle, depuis, n’est venue apaiser la douleur du couple.

Parti de Radès, dans la grande banlieue sud de Tunis, Mohamed Ali Hachem, 19ans, a pris la même embarcation, ce 29 mars 2011. Sa mère, Samah Lassoued, raconte : « Ils étaient soixante-quatre sur ce bateau. Moi, je savais que Mohamed voulait partir parce que je suis seule, divorcée, et qu’il voulait m’aider. Ce jour-là, à 23 h 15, il m’a appelé pour me dire : “Maman, on est partis depuis une heure, rappelle-moi demain à 13 heures.” Après, plus rien... » La voix se brise, se mue en une sourde colère. « Ces soixante-quatre personnes ont bien débarqué à Lampedusa, j’en ai la preuve !», lance Samah Lassoued en agitant des photos. «TV5 était sur place et a tout filmé, j’ai reconnu mon fils sur les images ! » Sur les clichés, elle désigne la silhouette d’un jeune homme, le visage dissimulé par une capuche, vêtu d’un jean et d’un blouson gris. «Ce sont ses vêtements, j’en suis sûre!» Mohamed n’a plus donné signe de vie. La première vague de harragas, comme on désigne dans le Maghreb les clandestins de la mer, estimée à 5 600 personnes, était partie de Zarzis, près de Djerba. Mais au fil des semaines, le verrou de la dictature ayant sauté et la surveillance des frontières s’étant nettement relâchée, le flot a grossi de partout, à partir des 1 300 kilomètres de côte tunisienne, démentant, par la même occasion, la rumeur qui s’était propagée selon laquelle ceux qui avaient pris la mer étaient des prisonniers de droit commun échappés des prisons. Selon une étude réalisée par la FTDES sur un échantillon de 198 disparus, 55 % d’entre eux provenaient d’abord de Tunis et de ses banlieues populaires. Des «quartiers de merde», affirme crûment l’association. Avec, pour candidats au départ, une majorité de jeunes de moins de 30 ans (76 %), attirés par les lumières de l’Europe, parfois même des mineurs : 11 % avaient ainsi entre 15 et 19 ans.

La famile Errawafi réside au Kram ouest, l’une des banlieues, justement, les plus pauvres de Tunis. « Mon fils, Mohamed, avait 18 ans, il est parti le 14 mars 2011. Il avait reçu une balle dans la cuisse le 14 janvier [date des dernières manifestations à Tunis et de la chute de l’ancien régime] et il disait : “Si Ben Ali revient, il va tous nous tuer”, mais je ne savais pas qu’il voulait partir. Il n’a pas demandé un milli- me [un centime]», assure son père, Samir Errawafi. Lui non plus ne veut pas croire à une mort par noyade. Il a reconnu Mohamed, soutient-il, sur des images diffusées par la chaîne Euronews. A l’époque, face à l’afflux quotidien d’embarcations, de nombreux médias s’étaient rendus sur place, à Lampedusa. Euronews, TV5, une télévision italienne ? Peu importe. Pour les familles, qui ont scruté des milliers d’images, ces reportages ont apporté la preuve que certains étaient arrivés à bon port. Depuis, la mère de Mohamed Errawafi s’est installée en Italie, aidée par des amis sur place, dans l’espoir de retrouver son fils. Sur le même bateau parti de Jbeniana, à côté de Sfax, un autre copain avait embarqué. Disparu, lui aussi.

Que sont-ils devenus? La question hante les proches, qui se perdent en hypothèses. De l’aveu de la FTDES, la noyade est la plus probable, mais d’autres pistes ont été explorées – l’enlèvement par des réseaux mafieux, la prison, la fuite – sans qu’aucune n’aboutisse. La FTDES tient à jour le cahier des disparus. Mohamed Errawafi, né en 1991, y figure avec la photocopie de sa carte d’identité, numéro 05481351, au milieu de dizaines d’autres jeunes.

Assise bien droite sur le bord d’une chai- se, Inès Kaabachi, hôtesse de l’air chez Tunisair, poursuit elle aussi sa quête désespérée pour retrouver la trace de sa sœur, Asma, 20 ans, étudiante en première année d’anglais, et de son frère Hassan, 19 ans, encore lycéen. Tous deux sont partis le 6 septembre 2012 de Sidi Mansour. Le 10 septembre, une dépêche AFP a relaté le «naufrage d’une embarcation de fortune» au large de Lampedusa, dans la nuit du 6 septembre, et le sauvetage de cinquante-six personnes, dont cinq mineurs. «Au moins une cinquantaine de migrants sont portés disparus», rapportait l’agence, citant Filippo Marini, le commandant des garde-côtes. «Le bateau a coulé à 4h30 du matin et soixante-dix personnes sont portées disparues, acquiesce Inès Kaabachi. Je suis allée à Lampedusa interroger les cinquante-six sur- vivants mais chacun m’a donné une version différente de ce qui s’était passé.»

Pour les uns, les naufragés seraient vivants, après avoir «nagé quatorzeheures». D’autres familles ont juré avoir reçu des appels des téléphones portables de leurs proches disparus jusque dans la soi- rée suivant le naufrage... «Ils mentent parce que les Italiens donnent des papiers à ceux qui ont vécu des histoires terribles», explique Inès Kaabachi. Elle aussi ne par- vient pas à admettre que sa sœur et son frère auraient péri en mer. «Le passeur serait en prison, mais on n’en sait rien, explique-t-elle. Il a laissé un message en disant que le bateau était bien arrivé et que tout le monde était vivant, à part deux personnes dont les cadavres sont revenus en Tunisie. Mais si le bateau avait vraiment coulé, où sont les corps, les vêtements ? Pourquoi ne retrouve-t-on rien? Pourquoi les autorités italiennes ne disent-elles rien ? Moi, je pense qu’ils sont quelque part en prison... »

Des commissions d’enquête en Italie et en Tunisie ont bien été créées, mais aucun résultat n’a été communiqué aux familles. « Pendant deux semaines, j’ai appelé mon frère sur son portable, le répondeur fonctionnait encore, ou bien je tombais sur un message en italien», assure Bader Medfai, à la recherche de son frère, Bassem, 24 ans, parti en mars 2011 avec 1.800 dinars en poche (environ 900 euros), dont 1. 500 (750 euros) auraient servi à payer le passeur. «Dans le dernier appel de mon frère que j’ai reçu, poursuit Bader Medfai, il disait que le bateau était surchargé, qu’il fallait les secourir mais que les lumières de la côte étaient en vue.» Puis le silence s’est installé. «Je devais partir moi aussi dans un autre bateau car j’ai perdu mon emploi de coiffeur», murmure Bader Medfai.

Le drame de son frère ne le dissuade pas de tenter, un jour, la traversée. «On sait que les migrants n’ont pas été très bien traités en Europe, mais ici, c’est pire. Pour l’instant, je ne peux pas partir à cause de ma mère, mais un jour, oui, je partirai inch Allah, jure-t-il farouchement, parce que la Tunisie tue l’espoir !»

Petit à petit, le flot des migrants tunisiens s’est cependant réduit, les contrôles sur les côtes sont devenus plus rigoureux, les récits épouvantés de ceux qui sont revenus ont découragé, mais d’autres ont pris le relais. Après les Tunisiens, les Libyens ont, eux aussi, pris la mer. A peine le soulèvement avait-il commencé en Libye contre l’ancien dirigeant Mouammar Kadhafi que 23 000 personnes avaient été enregistrées à leur arrivée à Lampedusa. En 2011, l’année du «printemps arabe», 45 000 demandes d’asile ont été déposées en Italie. Une froide statistique qui ne dit rien des disparus.





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