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EMMA COURAGE

Le Nouvel Observateur - 10 mai 2013

Quand la nomination d'Emma Bonino au poste de ministre des Affaires étrangères en Italie donne aux Européens une occasion - trop rare - de se réjouir !

par Daniel Cohn-Bendit

L'entrée en fonction du nouveau gouvernement italien laisse beaucoup de questions en suspens. Combien de temps durera-t-il ? Comment gérer la résurrection de Berlusconi et "l’insurrection permanente" de Beppe Grillo et de son Movimento 5 Stelle? On peut néanmoins se réjouir pour l'Italie et pour l'Union européenne du ton franchement fédéraliste et réformiste qu'a adopté, dès son premier discours, le président du Conseil, Enrico Letta. "Le port vers lequel nous nous dirigeons s'appelle les Etats Unis d'Europe, et notre navire est la démocratie. Nous ne devons pas rêver les rêves des autres,  nous avons le nôtre qui est celui de  l’union politique européenne.» Voilà  qui nous change des rigoureuses  obsessions d'Angela Merkel, des timidités de François Hollande  et des tergiversations de José Manuel  Barroso, auxquels il a d’ailleurs rendu  visite la semaine passée. Il y a plus!  Enrico Letta a donné, comme pour  prouver la solidité de sa quête, une autre raison de se réjouir avec la nomination d’Emma Bonino au ministère des Affaires étrangères. Jamais en Europe un tel poste gouvernement n'a été occupé par une personnalité autant marquée par la lutte en faveur des droits  et libertés. Emma, c’est une femme politique expérimentée: ancienne parlementaire dans son pays et à Strasbourg, ex-ministre ou membre de la Commission européenne... Mais c'est avant tout ce ne femme de conviction qui a revendiqué sans relâche le droit au divorce, à la contraception et à l'avortement dans  une Italie des années 1970 encore sous l'emprise du Saint-Siège. Bonino, l'anticléricale, a su y bousculer et faire basculer  les traditions en faisant évoluer le droit. Avec ses compagnons  de lutte du Partito radicale, elle alla même jusqu’à mettre sur pied de véritables "cliniques clandestines" pratiquant l'avortement, ce qui la  mena en prison. La confrontation pour réclamer la démocratie et l'Etat  de droit ne lui a jamais fait peur, elle  qui fit de la désobéissance civile son  arme. Elle fut ainsi arrêtée à Varsovie en 1987 et expulsée pour avoir organisé une manifestation contre la dictature communiste, et encore arrêtée plusieurs fois dans les années 1990 à New York pour distribution illégale de seringues stériles aux toxicomanes séropositifs. Comme elle n'a de cesse de le répéter, le droit  doit s'appliquer de la même façon  pour tous et, si une loi est mauvaise, il faut la changer. Du référendum Italien contre le nucléaire à sa lune pour le désarmement, de la légalisation des drogues ou de l'euthanasie à la reconnaissance des droits pour les homosexuels, de la dénonciation des violences contre les femmes en Afghanistan à ses campagnes pour accorder asile aux victimes de mutilations génitales, pour  la Cour internationale de Justice  et, bien sûr, l’Europe fédérale... Il n’y a pas beaucoup de combats qui n’aient  trouvé en elle la plus résolue  et la plus efficace des activistes,  y compris au cours des années qu’elle a passées au cœur des institutions. Car  le poste ne semble avoir d'intérêt pour  cette femme que s’il est susceptible  de faire avancer la cause. Là où  beaucoup d'idéalistes parvenus  au sommet se fourvoient - comme  Bernard Kouchner avec Nicolas  Sarkozy -, elle a su se préserver de "la maladie du pouvoir". Aujourd’hui, avec Emma Bonino, ceux qui refusent la renationalisation  des politiques ou les sempiternelles condamnations de Bruxelles savent  qu'ils ont une alliée activiste de l'Europe dissidente à la Famesina, l'équivalent italien de nôtre  Quai-d'Orsay.





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