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NORMALE LA FRANCE?

Les Echos - 24 mai 2013

François Hollande a au moins un mérite, celui de la constance. Il avait annoncé qu'il serait un Président normal : il l'est. Il doit affronter une crise exceptionnelle : son action reste normale. La déflation compétitive jette les États les uns contre les autres : il s'est prêté au jeu. Les Européens détestent l'entre-soi gouvernemental : la pratique reste diplomatique

par Bernard Barthalay *

Quand François Hollande décide de prendre une initiative européenne, il révèle sa disponibilité à la recherche d'un compromis équilibré avec Berlin, et c'est louable, mais il propose un agencement cosmétique du statu quo, le gouvernement économique, une vieille lune française, au lieu d'imaginer une feuille de route, conduisant par étapes à l'union politique, et donc budgétaire, selon un calendrier précis et réaliste, et, surtout, il rend son initiative publique en une page et demie d'une intervention de dix-neuf pages, conclue par un cocorico. Mais il n'explique pas.

Explication : il n'est pas d'union monétaire sans union économique, c'est-à-dire sans politique économique commune. La politique économique a deux outils à sa disposition, la monnaie et le budget. Si la monnaie est unique, mais si l'union monétaire n'a pas de budget commun, la banque centrale veille à la stabilité monétaire, mais des politiques budgétaires divergentes peuvent la compromettre. À cette situation, il n'est que deux issues : imposer à tous les budgets la même discipline ou créer un budget commun de taille suffisante pour garantir la cohésion de la zone par un policy mix cohérent à la discrétion d'un pouvoir politique commun.

Le succès dépend, dans le premier cas, du respect improbable des règles par les gouvernements, plus soucieux de leurs intérêts, présentés comme des intérêts nationaux, que de l'intérêt commun, en dépit de la solidarité de fait créée par la monnaie unique. L'expérience prouve que les gouvernements ne respectent pas ces règles. Dans le deuxième cas, le succès dépend de la formation d'un consensus sur la création d'un système de gouvernement commun à la zone, puis dans la durée sur l'exercice de son pouvoir.

En 1950, le Français Robert Schuman déclarait : "Nous n'avons pas fait l'Europe, nous avons eu la guerre". En 2013, il n'eût pas été normal, mais tout simplement grand, de dire : "La France a voulu l'euro, elle n'a pas voulu l'unité politique, nous avons eu la crise".

La France a ignoré successivement le document Schäuble-Lamers sur un noyau politique dans l'Union européenne et le discours de Joschka Fischer sur une fédération de ceux qui l'auraient voulue. Et l'union monétaire reste incomplète.

Or le gouvernement économique, inventé en 1992 par le socialiste Pierre Bérégovoy, n'est pas un gouvernement. François Hollande cherche à renouveler la formule, mais l'innovation est discrète, presque honteuse. C'est un gouvernement économique de la zone euro : on peut donc comprendre, à Berlin, qu'il s'agit d'une acceptation différée d'une Kerneuropa (Kern est le mot utilisé en allemand pour le noyau d'un atome).

Mais le gouvernement économique ne se distingue en rien (au rang ministériel) de l'eurogroupe, ou (au rang des chefs d'État et de gouvernement) du Conseil européen réuni en formation zone euro. François Hollande veut que son président soit un "véritable" Président : on peut donc supposer qu'il ne serait pas un simple chairman. Il faut alors expliquer d'où il tirerait son autorité, alors qu'il ne serait pas élu, au moment même où le Président de la Commission l'aurait été, de son côté.

Et ce Président ne serait pas celui de la Commission puisqu'il serait affecté au seul gouvernement économique. Et pour une durée longue, ce qui ne manque pas d'étonner : on voit mal le gouvernement économique survivre à l'union politique, promise dans les deux ans ! Enfin, François Hollande assigne, entre autres, deux missions au gouvernement économique, l'une fiscale, harmonisation et lutte contre la fraude, l'autre sociale, convergence par le haut.

On voit bien qu'il s'agit là de mettre un terme à la concurrence des États, qui "fausse" la concurrence des entreprises, et de revenir à l'égalité des chances des producteurs sur le marché intérieur européen. Alors, pourquoi ne pas dire, ou faire comprendre que son initiative a pour objet de stopper la déflation compétitive, devenue dans le cadre d'un pseudo-gouvernement par les règles, l'alpha et l'oméga des politiques anti-crise ?

Il ne manquera pas de voix en Allemagne pour se gausser de la proposition élyséenne, qui sera jugée comme "normalement pas sérieuse". Que nos amis allemands se rassurent, Puissance Europe /Weltmacht Europa tient à la disposition des gouvernements de la zone euro une proposition qui jette un pont entre le besoin d'un gouvernement de l'économie de la zone euro et l'union politiques, donc budgétaire : c'est l'Institut budgétaire européen (IBE), un précurseur d'un Trésor fédéral. La formule est inspirée de l'IME qui préluda à la BCE et tient le plus grand compte des exigences constitutionnelles allemandes.

Alors, la France a vraiment besoin de produire un nouveau discours à l'attention de l'Europe. La normalité de la France n'est pas où la confine François Hollande, Bercy ou le Quai d'Orsay. Ni dans la surdité au récent discours prononcé par le Président fédéral, Joachim Gauck, qui exprimait le besoin européen d'une res publica. Sa normalité, dans l'Europe en crise, devrait être plutôt de se souvenir qu'elle est une République.

Quand l'Allemagne s'est réfugiée, après les rejets français itératifs des propositions d'unité politique de la zone euro, dans la coordination budgétaire par les règles du Pacte de stabilité et de ses versions successives, qui est elle-même à la source de la crise de la zone euro et de son impréparation face à la crise financière venue des États-Unis d'Amérique, la France de Nicolas Sarkozy a sombré dans l'intergouvernementalisme et le bilatéralisme les plus éhontés, et a consenti au sauvetage indiscriminé des banques aux frais du contribuable, en totale contradiction avec l'idéologie affichée du laissez-faire.

Ce faisant, la France et ses partenaires avaient cédé leurs souverainetés au système bancaire et à la finance de marché. En revanche, les Européens attendent autre chose de la France du changement : la reconquête de la liberté européenne, la création des conditions institutionnelles d'un gouvernement discrétionnaire de l'économie de la zone euro, une grande république de la zone euro : des États-Unis d'Europe.

Quand l'Allemagne propose l'union politique de la zone euro, il ne suffit pas de répondre "gouvernement économique", car les Européens ne sont pas dupes, ni stupides : ils ont bien noté que les "sommets de la dernière chance" prétendaient être, et ont été de fait, au bord du gouffre, un gouvernement de fait, dominé par le pouvoir des créanciers sur les débiteurs. Il faut comprendre que l'Allemagne ne veut pas l'union politique seulement pour renouer avec la finalité de la construction européenne, mais surtout parce que la crise impose l'union budgétaire, que l'union budgétaire est fiscale, et qu'en démocratie, l'union fiscale est politique.

Le devoir des gouvernements européens, à commencer par le gouvernement socialiste de François Hollande, est de dire : les Européens ne sont pas égaux devant la crise, les pays les moins endettés vivent le sauvetage des pays les plus endettés comme une spoliation, et l'austérité imposée aux seconds multiplient les drames humains, individuels, familiaux, catégoriels, territoriaux. Les jeunes au chômage crient justice. Alors, commençons par établir l'égalité des Européens devant le consentement à l'impôt. Et le juste nom de l'union politique, c'est démocratie européenne : États unis d'Europe.

Quand l'Allemagne pratique la politique de la tirelire, croit que son mercantilisme la rend insubmersible et que l'austérité va métamorphoser l'Europe à son image, que partout ailleurs une génération entière de jeunes se voit refuser l'entrée dans le monde du travail, qu'une génération d'étudiants et de professionnels en demande de mobilité se voit privée de l'extension espérée du programme Erasmus, la France de François Hollande ne serait assurément pas dans la norme européenne, et ne serait pas plus plus dans la nostalgie de ses grandeurs passées, mais serait véritablement "grande", et comprise, par les citoyens de l'Europe entière, si elle osait dire la Brüderschaft de l'Ode à la Joie : fraternité.

Que chacun joue son rôle, qu'à Berlin conservateurs et social-démocrates conservent ce qu'il faut conserver : le fédéralisme, l'économie sociale de marché (pas son dévoiement néo-libéral), la codétermination, le dialogue social, et qu'à Paris républicains et socialistes français agissent concrètement, par étapes convenues avec tous ceux de nos partenaires qui le voudront, selon un calendrier contraignant, pour établir en Europe, à commencer par la zone euro, où l'union politique est nécessaire, la liberté, l'égalité et la fraternité. Et comme alors il sera question d'aller, sur ce continent, jusqu'au bout de l'unité dans la diversité, convenons dès maintenant que la convention nécessaire à l'union politique de la zone euro ne sera elle-même qu'une étape vers l'assemblée constituante des États-Unis d'Europe.

L'Europe de François Hollande comme celle d'Angela Merkel sont dans la routine, dans la répétition de l'erreur, dans la reproduction du même. Ils prennent la révolte qui gronde pour de la désaffection. Ils n'entendent pas que les Européens ont besoin de rêve, de nouveauté, d'audace. Les Européens ne veulent pas d'un avenir qui leur serait dessiné par des comptables. Ils ont envie de le dessiner eux-mêmes. Alors François Hollande ne dirait pas "la France est un projet", mais "la grande république européenne, une et diverse, est le projet de la France".

 

*Président de Puissance Europe





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