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LOIN DU CAIRE

Le Monde - 3 octobre 2013

Morceau de d√©sert au bord de la route vers la Libye, Silla est une bourgade √©gyptienne de 10 000 √Ęmes. Si la r√©gion a la r√©putation d'√™tre une place forte islamiste, pro et anti-Morsi ne veulent pas se battre entre eux. R√©sign√©s, ils attendent les prochaines √©lections

par Florence Aubenas

Les hommes sont entr√©s par la fen√™tre du commissariat de Silla, une soixantaine peut-√™tre, pas m√™me cagoul√©s, et il √©tait facile de les reconna√ģtre : tous habitent la bourgade, " des citoyens comme tout le monde de 18 √† 45 ans ", commente un policier. Ce jour-l√†, ces " citoyens comme tout le monde " ont entrepris de saccager, puis d'incendier le commissariat, embarquant au passage du mat√©riel radio et des armes. A Silla, 10 000 habitants dans le gouvernorat d'Al-Fayoum, en Egypte, l'infraction la plus commune est, d'habitude, le vol de troupeaux.

D√©but septembre, quinze jours apr√®s l'attaque, les policiers de Silla ont voulu arr√™ter les citoyens en question, mais ne les ont pas trouv√©s chez eux. " On les avait pr√©venus : ils dorment dans les champs, dit un papetier du bazar. On se conna√ģt tous. " Au commissariat, un brigadier en claquettes, longue chemise blanche et turban, prend la situation sans tragique excessif. " Ici, on veut la paix. Pour le reste, on verra plus tard. " Les gens paraissent perdus, selon lui. " Ce n'est pas facile de s'y retrouver : on va conna√ģtre notre quatri√®me gouvernement en deux ans, autant que depuis l'ind√©pendance en 1953. " Son t√©l√©phone l'interrompt. " Rappelle-moi plus tard, je suis en train de faire de grands discours politiques. "

Le Caire est à 130 km avec ses émeutes, sa répression féroce qui a fait des morts et des arrestations par centaines, juste après l'intervention armée qui a destitué le gouvernement islamiste. Depuis deux mois, dans la capitale et les grandes villes, toute critique contre les militaires est devenue difficile à tenir : trop d'incertitudes, trop de peurs, mais aussi un engouement réel pour le général Al-Sissi, le nouvel homme fort du pays. Une Sissimania a même saisi Le Caire, qui lui compose des chansons, accroche ses portraits devant les magasins ou dans les salles à manger. Mais dès qu'on s'éloigne des villes, Sissi s'estompe, le bruit et la fureur s'assourdissent, l'unanimité se fissure et surgit un autre pays, presque sans contact avec le précédent.

A Silla, des jeunes gens luttent contre une bourrasque de sable pour d√©b√Ęcher un billard, plant√© dans une ruelle entre la d√©charge et un kiosque qui vend des biscuits ou du shampoing. Il est 11 heures sur ce morceau de d√©sert au bord de la route vers la Libye. Ici, les r√©seaux de charit√© des Fr√®res musulmans sont presque aussi pauvres que ceux qu'ils sont cens√©s aider : un tiers des familles re√ßoit un demi-litre d'huile et un kilo de riz tous les mois, des cahiers et des m√©dicaments parfois, explique l'instituteur, un quinquag√©naire souriant, le seul en ville √† porter cravate et pantalon de flanelle.

Silla, pourtant, n'est pas n'importe o√Ļ. La r√©gion tient une r√©putation de place forte islamiste, o√Ļ Mohamed Morsi, le pr√©sident d√©chu, avait recueilli plus de 80 % de suffrages en 2011. M√™me s'il n'en dit rien, l'instituteur serait plut√īt de l'autre bord, un fid√®le, comme tous ceux que l'appareil d'Etat de Moubarak embauchait pendant ses trente ans de r√®gne, exclusivement et jusque dans ses rouages les plus t√©nus.

Du bout de la rue surgissent des enfants efflanqu√©s aux pieds nus - l'une est √† demi chauve, l'autre mang√© de cro√Ľtes - qui s'abattent en vol√©e aux cris de " I love you ", une mis√®re si banale et si crue qu'un notable la balaie d'un geste : " Je peux vous montrer des endroits bien plus dramatiques en Egypte, si vous voulez. " Et l'Etat, quelle aide apporte-t-il ? " Rien ", dit l'instituteur, tout surpris de la question et continuant de sourire. " Pour √ßa, il n'y a que les Fr√®res musulmans. " Derri√®re lui, un gaillard, en tee-shirt rose sigl√© " No Money No Honey ", s'exclame avec enthousiasme : " Vive Sissi, vive l'arm√©e. "

Dans une rue √† c√īt√©, l'ambiance change du tout au tout quand un jeune dipl√īm√© en th√©ologie revendique la parole √† son tour, mais pour d√©noncer " le coup d'Etat militaire ". Il y a un an, l'arriv√©e au pouvoir de Mohamed Morsi commen√ßait tout juste √† entrouvrir la fonction publique " aux fils de petites familles " ou √† ceux portant barbe et lisant le Coran, soutient le dipl√īm√©. Lui-m√™me avait " failli √™tre recrut√© au minist√®re des affaires religieuses " cet √©t√©, quand les militaires ont renvers√© Morsi. Autour de lui, certains s'√©loignent √† petits pas de c√īt√©, d√©marche en crabe, silencieuse, comme pour √©viter toute confrontation entre soi. " On n'est pas du m√™me avis jusque dans nos familles, mais on ne veut pas se battre entre nous ", explique un homme. Il filme la sc√®ne avec son t√©l√©phone portable et se pr√©sente : " Je suis policier. " Quelqu'un crie : " Vive Morsi ! " C'est le gaillard de tout √† l'heure avec son tee-shirt rose. " Et s'il y avait encore un autre leader, il crierait son nom aussi ", commente un notable. " On ne sait plus. "

Dans la rue, les petites motos tentent de se faufiler √† travers les embouteillages de troupeaux, enchev√™trement de bufflons noirs, immenses, avec des cornes en escargot, et d'√Ęnes tr√®s blancs, particuli√®rement petits. Quand Mohamed Morsi a √©t√© renvers√© √† son tour, en juillet 2013, tous les trains vers Le Caire ont √©t√© suspendus et la gare centrale plac√©e sous le contr√īle de l'arm√©e pour emp√™cher ceux des campagnes de grossir les manifestations de soutien au pr√©sident d√©fait.

Quelques-uns de Silla sont mont√©s dans des minibus affr√©t√©s par le Parti libert√© et justice, issu des Fr√®res musulmans. Ils √©taient pay√©s 200 livres √©gyptiennes, une belle somme, l'√©quivalent de deux jours de travail d'un saisonnier, soutiennent certains. Pour la plupart, en tout cas, c'√©tait leur premier voyage au Caire. " Ils ont √©t√© conduits sur une place pleine de monde, la nourriture et l'eau √©taient donn√©es, ils sont rest√©s entre eux ", explique un jeune homme avec une longue barbe effiloch√©e. Le 14 ao√Ľt, l'arm√©e a attaqu√© les diff√©rents lieux occup√©s par les partisans de Morsi. " Ils √©taient incapables de se diriger dans la ville inconnue. " L'un a mis une semaine pour faire √† pied les 130 km de retour, marchant de nuit par s√©curit√©, sans rien manger.

 

A Al-Fayoum, la grande m√©tropole √† c√īt√© de Silla, la maison du gouverneur est attaqu√©e le m√™me jour, et le chauffeur tu√© en repr√©sailles. √áa tire dans les rues. Les habitants se barricadent chez eux, avec des stocks de nourriture. " Partout, on voyait les gens mourir √† la t√©l√©vision ", dit une femme. C'est l√† que " des citoyens comme tout le monde " ont attaqu√© le commissariat de Silla.

La femme poursuit : " Les pr√©sidents passent, notre vie reste la m√™me. " Un brouhaha se met √† monter. " Notre vie est pire ", s'exclame l'entrepreneur du bourg, visiblement au nom de tous. Ceux qui travaillaient au Caire n'y vont plus, redoutant " de se faire tuer l√†-bas ". Dans la r√©gion comme partout, les constructions se sont arr√™t√©es net √† la chute de Moubarak, sauf autour d'Al-Fayoum, o√Ļ des immeubles de dix √©tages poussent sur les terres agricoles, √† toute allure, ill√©galement. Il se f√Ęche : " Avec le manque de s√©curit√©, chacun fait ce qu'il veut. " Lui a perdu 80 % de ses revenus. " On s'en fout de celui qui nous dirige, du moment qu'il ne vole pas et ne tue pas ", lance le policier. Il a arr√™t√© de filmer au portable, happ√© par la discussion.

" De toute fa√ßon, quand on est paysan, on compte pour rien ", dit quelqu'un. Cette fois, √ßa devient s√©rieux, on arrive de partout, on s'enflamme. Beaucoup ne cultivent que du bl√© ou du ma√Įs. Pour les l√©gumes, il faudrait des engrais, qu'on ne trouve plus qu'au march√© noir, bien trop cher. Un organisme d'Etat en g√®re officiellement la distribution, " mais il ne fournit que les gros agriculteurs, qui ont au moins 30 hectares. Ils les font asseoir dans des fauteuils, leur servent le caf√©, leur donnent ce qu'ils veulent. Nous, on n'a m√™me pas le droit de rester debout ". Un autre : " Personne n'a de consid√©ration pour nous depuis notre naissance. " On entend quelqu'un qui crie : " Aucun pouvoir n'y a jamais rien chang√©. " C'est le gaillard au tee-shirt " No Money No Honey ".

Dans le commissariat, le bleu turquoise des murs dispara√ģt sous les tra√ģn√©es de fum√©e, le t√©l√©phone en bak√©lite a pris, en fondant, une apparence distordue et cocasse. Le policier en claquettes et turban d√©signe des papiers br√Ľl√©s : " Et regardez ce que sont devenues toutes nos belles proc√©dures ! " La plupart concernaient les Fr√®res musulmans, tol√©r√©s - mais tout juste - sous Moubarak. Ils seraient environ 200 √† Silla, selon lui.

" A l'époque, on les repérait et on les arrêtait vers 3 heures, parce qu'ils étaient les seuls à aller à la première prière du jour à la mosquée ", dit quelqu'un, l'oeil tendre, presque nostalgique. Quand des islamistes ont été élus triomphalement à la tête du pays en 2011, " cela a été un choc ", poursuit le policier. " La veille, on pouvait les mettre en prison. Le lendemain, il fallait les saluer comme nos chefs. " Dehors, on entend les oiseaux. " Ils étaient projetés sur la scène sans aucune expérience. " Puis, n'en revenant toujours pas : " Ils restaient distants, avec une attitude arrogante, sans rien vouloir apprendre de nous. " Peut-être même " qu'ils auraient voulu nos places. La situation était grave ". A la chute du gouvernement, aucune force de sécurité n'a rechigné pour monter en renfort au Caire, comme partout dans les provinces.

Une vingtaine de personnes ont été arrêtées à Al-Fayoum. Toujours aucune à Silla. Le siège du Parti liberté et justice a été fermé et de nouvelles élections vont avoir lieu, dit-on. On les attend avec impatience : pendant ces périodes-là, des distributions exceptionnelles de thé et de sucre sont toujours organisées par les Frères musulmans.





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