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SYRIE: L'ENLISEMENT DE L'INSURRECTION

Le Monde - 28 novembre 2013

par Benjamin Barthe

C'était en décembre 2012, à Marrakech, dans les coulisses d'une réunion de soutien à l'opposition syrienne. Un parfum d'optimisme flottait parmi les diplomates arabes et occidentaux venus reconnaître la Coalition nationale syrienne, créée un mois plus tôt à Doha, comme le représentant légitime du peuple syrien. A Damas, la route de l'aéroport était soumise à d'incessantes attaques, et le centre-ville bruissait de rumeurs sur un soulèvement imminent de milliers de combattants. «Le régime tombera d'ici à la fin du mois», prédisait à voix basse Robert Ford, l'ex-ambassadeur américain en Syrie.

Un an plus tard, l'espoir a changé de camp. La chute de Qoussair, en juillet, une place forte de l'insurrection, à la frontière avec le Liban, puis l'accord russo-américain sur le démantèlement de l'arsenal chimique syrien, en septembre, ont relancé le régime. Sur le terrain, à Alep et Damas, ses forces, épaulées par les miliciens chiites du Hezbollah, grignotent les positions de la rébellion, qui est affaiblie par des luttes intestines et des problèmes chroniques de ravitaillement en armes.

Cette évolution est trop récente et d'une ampleur géographique beaucoup trop limitée pour conclure à un tournant dans la guerre civile syrienne. Davantage que d'un regain de forme du régime, elle témoigne des difficultés des insurgés, qui, depuis le revirement de Barack Obama et son renoncement à intervenir, se savent définitivement abandonnés face à la machine de guerre syrienne. «Le moral des brigades est en chute libre, alors que Bachar est de plus en plus sûr de lui», confesse un opposant, sous le couvert de l'anonymat. La dernière prise des loyalistes, survenue la semaine dernière, est la localité de Qara, dans le massif du Qalamoun, au nord de Damas, une zone stratégique qui commande l'accès au gouvernorat d'Homs.

STRATÉGIE D'ÉTOUFFEMENT

Cette région escarpée, au climat rugueux, sillonnée de pistes de contrebande avec le Liban, sert de base arrière aux insurgés, implantés dans de nombreux villages, comme Yabroud. Les djihadistes du Front Al-Nosra et de l'Etat islamique en Irak et au Levant, très présents dans les combats, ont riposté par un double attentat-suicide, à Al-Nabak, quelques kilomètres plus loin, qui a tué des dizaines de soldats. Bien décidés à ne pas perdre ce précieux maquis, les rebelles ont aussi attaqué leurs adversaires à Deir Atiyah, une autre bourgade sur l'autoroute Damas-Alep, dont ils se sont emparés. «La bataille du Qalamoun risque de durer plusieurs semaines encore, dit Sinan Hatahet, un militant révolutionnaire réfugié à Istanbul. Les combats vont se compliquer avec la neige qui recouvre cette montagne tout l'hiver. J'ai peur cependant que les rebelles se fassent peu à peu encercler, comme c'est le cas dans la Ghouta.»

Dans cette zone, qui correspond aux faubourgs agricoles de Damas, les groupes armés anti-Assad sont sur la défensive. Ils ne tiennent que des poches, comme Zamalka à l'est et Daraya et Mouadamiya au sud, que les forces gouvernementales, chargées de reconstituer le glacis sécuritaire autour de la capitale, assiègent et pilonnent sans répit. «Nous n'avons ni eau, ni gaz, ni électricité depuis un an, raconte Qusaï Zakariya, un activiste des Mouadamiya, joint par Skype pour un entretien. Nous survivons avec des olives et quelques légumes. C'est l'âge de pierre avec des chasseurs Mig au-dessus de nos têtes.» Cette stratégie d'étouffement commence à payer, comme le prouve la chute de Hadjira et Sbeinah, deux quartiers de la Ghouta sud, repris par le régime à la mi-novembre.

L'entrée des troupes a été immédiatement suivie de celle d'équipes de télévision, qui se sont empressées de diffuser l'image du drapeau de la République arabe syrienne, planté dans un océan de gravats. Quelques semaines plus tôt, avec le soutien de chiites irakiens regroupés au sein de la milice Abou Al-Fadl Al-Abbas, les forces régulières s'étaient aussi emparées d'Al-Ziyabiya et Al-Husseiniya, des faubourgs du sud de la capitale. «Le pouvoir veut nous empêcher à tout prix de faire notre jonction avec les foyers de résistance de la Ghouta orientale», affirme Qusaï Zakariya.

« LA STRATÉGIE D'ASSAD, C'EST LA FAMINE »

Les insurgés n'ont pas perdu toute capacité d'initiative. A la mi-novembre, ils ont récupéré quelques hameaux dans la campagne damascène. Lundi 18, ils ont marqué un précieux point en détruisant un bureau de l'armée à Harasta, au nord de la capitale, au moyen d'un tunnel rempli d'explosifs. Soixante-dix soldats dont trois généraux ont péri dans l'effondrement de cet immeuble, d'où était supervisé l'étranglement de la Ghouta orientale. Des manifestations de joie ont immédiatement éclaté dans les villes alentour, où l'on compte sur cette attaque pour desserrer le garrot de l'armée et faire rentrer un peu d'aide et de nourriture.

«La stratégie d'Assad, c'est la famine, la mort à petit feu, raconte Mohanad Mohsen, un militant venu rencontrer les dirigeants de la Coalition nationale syrienne, basés à Istanbul. Dans ma zone, sept personnes sont déjà mortes de faim et vingt-deux sont décédées faute de soins. Les habitants sont à bout de forces, poursuit ce trentenaire en lien avec l'Armée de l'islam, un patchwork de brigades d'inspiration salafiste et islamiste modéré. Au début, ils nous regardaient comme leurs sauveurs. Aujourd'hui, ils ont tendance à nous considérer comme la source de leur malheur.» Mohamed Kheir Al-Wazir, un autre cadre de terrain basé lui aussi dans la Ghouta, qui a mis plus de trois semaines pour contourner les barrages et rejoindre la Turquie, dresse le même constat d'impuissance.

«Dès que l'Armée de l'Islam progresse de quelques mètres, les troupes d'Assad bombardent les zones civiles, derrière le front. C'est une tactique délibérée, destinée à mettre les combattants sous pression et à les empêcher d'avancer.» L'une des raisons de cette impasse consiste dans l'incapacité de l'opposition à acquérir un arsenal qui lui permette de rivaliser avec la puissance de feu largement supérieure des loyalistes. «Il y a quelques semaines, nous avons reçu un stock de Konkurs avec lesquels nous pensions attaquer une colonne de blindés dans le Qalamoun, raconte Mohamed Kheir Al-Wazir, sur un ton dépité. Mais à la dernière minute, nous avons constaté qu'ils étaient tous défectueux, ce qui nous a obligés à nous retirer.»

CE N'EST PAS LA FIN DE LA GUERRE

Les connaisseurs du dossier syrien attribuent cette pénurie d'armes à plusieurs facteurs : les succès de l'armée, qui a coupé la route du désert par où transitaient une partie des ravitaillements, en provenance de Jordanie ; la peur d'Amman de se retrouver dans le collimateur de son voisin syrien, qui l'inciterait à freiner les livraisons ; et les pressions des Etats-Unis sur son allié saoudien, le principal pourvoyeur en armes des rebelles, pour qu'il ne leur fournisse pas d'équipement sophistiqué. «Washington veut nous forcer à aller à la conférence de paix de Genève 2», qui pourrait se tenir le 22 janvier 2014, accuse Abdul Ahad Aestopha, un membre de la coalition. «C'est pour cela que le flot d'armes est en permanence insuffisant.»

Dans le nord du pays, autour d'Alep, les rôles sont inversés. Les rebelles, présents dans les deux tiers de la ville dans et la plus grande partie de la campagne environnante, sont en position dominante, alors que le régime ne détient que quelques bases. Mais là aussi, l'insurrection marque le pas, puisqu'en deux semaines les pro-Assad ont repris une demi-dizaine de sites, comme la base 80 et la ville d'Al-Safirah, au croisement des routes d'Alep, d'Ar-Rakka et de Hama. Sa chute semble être due, en partie au moins, à des affrontements internes entre des éléments de Jabhat Al-Nusra et de l'Armée islamique.

Ce groupe armé affilié à Al-Qaida, qui attire de nombreux combattants étrangers, est en état de guerre larvé avec les unités de l'Armée syrienne libre, la branche militaire de la CNS, opposée à son credo obscurantiste et à ses visées hégémoniques. Dans le djebel turkmène, qui surplombe le littoral, cette rivalité a débouché sur une série de prises d'otages et d'exécutions qui font l'affaire du régime, barricadé dans son bastion de Lattaquié.

«Ce n'est pas la fin de la guerre, loin de là, c'est juste une étape», analyse l'universitaire Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie. La chute d'Al-Safirah, comme celle de Qara et Hadjira, a été obtenue au prix de destructions qui ont fait fuir des milliers d'habitants. Dans sa guerre contre les «terroristes», le régime récupère avant tout des villes fantômes, transformés en tapis de ruines. Ces prises lui permettent de bomber le torse et d'envisager de participer à Genève 2 en position de force. Mais elles ne l'autorisent pas à crier victoire. Si les rebelles parvenaient à faire taire leurs divisions, le pendule du conflit pourrait même repartir dans l'autre sens.





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