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Le Soudan du Sud poussé vers l’abîme

Le Monde - 23 janvier 2014

Les divisions du plus jeune pays du monde prennent depuis un mois la tournure d’une guerre civile

par Jean-Philippe Rémy

A quoi ressemble le quartier général d’une armée dont les éléments sont en train de se battre entre eux, au risque de détruire le pays, mais dont les responsables affirment que tout va pour le mieux, et que la victoire approche? A Juba, capitale du Soudan du Sud, un char pointe son canon depuis l’entrée du camp de Bilpham.
Au centre de l’immense esplanade trône la statue géante et barbue de John Garang, le père de la nation sud-soudanaise qui ne l’aura pas vue naître, ni se déchirer, et doit aujourd’hui se retourner dans son mausolée du centre-ville. «Docteur John» est mort dans un accident d’hélicoptère en 2005, quelques mois après avoir signé la paix avec le Nord, au terme d’une guerre civile avec Khartoum qui avait duré vingt ans, fait tant de victimes – peut-être deux millions, dont beaucoup ont perdu la vie en raison des mauvais traitements, atrocités et privations infligés par les belligérants –, impliqué tant de parties, mélangé tant de problèmes, que son sens général en avait été brouillé. Dans cette confusion, les divisions entre nordistes et sudistes, caricaturées à l’extérieur du pays en une opposition entre chrétiens et musulmans, avaient relégué au second plan les graves divisions propres au sud.
Ces divergences négligées ont pris, depuis le 14 décembre, la tournure d’une guerre civile que les observateurs internationaux évitent encore d’appeler par son nom, espérant qu’un miracle ou un cessez-le-feu mette fin au désastre par enchantement. Comme si les opérations militaires en cours entre les forces loyalistes du président Salva Kiir, appuyé par l’Ouganda, et celles de ses rivaux, dont la figure la plus importante est l’ancien vice-président Riek Machar, relevaient du maintien de l’ordre musclé.
Les militaires sud-soudanais n’ont pas ces coquetteries. Dans son bureau du camp de Bilpham, le colonel Philip Aguer, porte-parole de l’Armée populaire de libération du Soudan, la SPLA, affirme que les troupes loyalistes ont enregistré de nouveaux progrès sur le terrain. Il annonce qu’après Bor, au cours du week-end dernier, voici que Malakal, la troisième des grandes villes prises par la rébellion depuis que les combats et mutineries ont éclaté fin décembre, vient d’être reprise par les forces soutenant le président Kiir.
Malakal, schématiquement, était coupée en deux, sur une ligne nord-sud. «Il y avait dans Malakal un mélange de soldats ayant fait défection et de civils armés [des milices regroupées sous le nom d’«armée blanche»].
Nous les avons foutus dehors. Ils se dirigent à présent vers la région d’exploitation pétrolière d’Adar, car ils veulent sans doute se livrer à des sabotages, mais nous les poursuivons.»
Les forces opposées au gouvernement ne disent toutefois pas la même chose, affirmant être encore dans Malakal. De plus, l’impression d’unité des forces est trompeuse. Même dans le camp loyaliste. Lors de la reprise de Bor, quelques jours plus tôt, les forces ougandaises ont joué un rôle-clé. Elles sont entrées au Soudan du Sud fin décembre pour sauver Salva Kiir, dont les troupes auraient pu être balayées par une marche sur Juba des rebelles lancée depuis Bor, à 200 kilomètres de distance.
La pression sur Juba est donc légèrement redescendue, d’autant que les Ougandais, selon une source bien informée à Juba, « ont établi une défense tout autour de la ville », où ils évitent de se montrer.
Avec Malakal, c’est le contrôle d’une partie des zones d’exploitation pétrolière qui est en jeu. Les forces de Riek Machar, et leurs alliés de l’armée blanche, ont-elles l’intention de se livrer à une guérilla depuis la brousse? Joint au téléphone, l’ex-vice-président dit se refuser à cette hypothèse : «Jamais de la vie, je ne veux pas que nous nous engagions dans une nouvelle guerre de vingt ans. Nous allons nous réorganiser et attaquer les Ougandais pour en tuer le plus possible et faire en sorte que leur soutien à Salva Kiir devienne insoutenable pour [le président ougandais] Museveni.» Jusqu’ici, l’Ouganda ne communique aucune information sur ses pertes, reste flou sur ses bombardements aériens, et élude la question de son implication militaire au Soudan du Sud, que, selon des sources concordantes, les Etats- Unis auraient souhaitée et pour- raient appuyer afin d’éviter la chute de Juba.
Les seules forces sud-soudanaises demeurées loyales à Salva Kiir ne lui auraient pas permis de tenir, assurent ces mêmes sources. La majorité des recrues de la SPLA appartient à l’ethnie nuer. Salva Kiir, dinka, a été contraint de compter plutôt sur des forces étrangères et sur d’ex-petits mouvements rebelles sudistes marginaux. Ces formations armées s’étaient progressivement ralliées à Salva Kiir les années précédentes. Leur existence même donnait déjà une idée des problèmes du pays.
«Ce ne sont pas les signaux d’alerte qui ont manqué. Rien de tout cela – la crise politique, puis la violence – n’arrive par hasard», analyse un spécialiste de longue date du Soudan, qui assiste, déprimé, aux négociations entre les délégations sud-soudanaises, dans le luxe tapageur de l’Hôtel Sheraton, à Addis-Abeba, en Ethiopie. Les deux camps y travaillent à un projet de cessation des hostilités sur le terrain, tandis que l’IGAD, l’organisme régional des pays de la Corne de l’Afrique, se prépare à six mois de pourparlers, comme en témoigne un budget prévisionnel de plus de 3 millions de dollars soumis aux bailleurs de fonds, et que Le Monde a pu consulter, incluant des dépenses surprenantes dans ce contexte, comme le prix des chambres des envoyés : 1000 dollars par nuit. Tous les connaisseurs du Soudan du Sud l’admettent: ce pays neuf a de vieux problèmes, qu’il n’a jamais réglés, encouragé sur la scène internationale par de nombreux responsables politiques, religieux ou onusiens, qui ont fermé les yeux sur toutes les dérives de l’ex-rébellion sudiste.
Un de ces spécialistes, impliqué dans le processus qui a mené à la paix de 2005, après avoir égrené les raisons internes de la violence actuelle – corruption vertigineuse, confusion entre l’armée et le parti au pouvoir, népotisme, paranoïa sécuritaire... – ajoute: « Tous les acteurs internationaux étaient tellement obsédés par l’idée d’une nouvelle guerre nord-sud après l’indépendance qu’ils ont refusé d’entendre les sonnettes d’alarme, alors que leurs petits protégés, à Juba, étaient en train de dévaster leur propre maison.»
Selon une estimation fiable, 60 milliards de dollars (addition de recettes pétrolières, d’aide internationale et d’investissements) ont afflué depuis 2005 dans ce pays où l’Etat n’assure presque aucun service public, abandonnant ce soin aux innombrables ONG. A l’heure du suicide en direct de la jeune nation, ces torts partagés semblent moins intéresser la diplomatie internationale que l’idée d’un cessez-le-feu. «Même si Riek Machar signe un document comme celui-ci, des groupes sur le terrain continueront les combats», assure une source bien informée face à l’une des versions de l’accord. «Tous les responsables auxquels je parle ces jours-ci semblent moins vouloir arrêter la guerre que vouloir Juba à tout prix », conclut-il en soupirant.
Cette gravité tient en partie à une forme de répétition de l’histoire. En 1991, des responsables de la SPLA avaient lancé depuis Nasir, vers la frontière éthiopienne, la contestation contre leur chef, John Garang. L’un d’entre eux était Riek Machar. Le groupe des contestataires dénonçait – déjà – l’autoritarisme et la mainmise du groupe des Dinka sur la rébellion et sa direction. Par la suite, le conflit avait pris une tournure ethnique et, sur- tout, opposé des sudistes entre eux, alors que de multiples atrocités étaient commises. Aujourd’hui, la rébellion est dirigée contre Salva Kiir, qui a succédé à John Garang après sa mort. Elle est encore présente à Nasir. C’est même, selon Philip Aguer, l’une des dernières villes qu’elle contrôle toujours. Pour briser ce cycle des répétitions tragiques, il faudra plus qu’un cessez-le-feu.





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