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"Ils tuent nos jeunes comme du bétail, sans même demander leur nom"

Le village est niché au creux de collines boisées que surplombent, au loin, les cimes enneigées du Caucase. Un portail métallique s'ouvre sur la fraîcheur d'une cour de ferme. Comme le veut la tradition, on se déchausse en pénétrant dans la demeure de Saïd Hussein Elmoursaev. Le vieil homme, amputé d'une jambe, se tient assis sur une banquette, ses béquilles à portée de main, la tête coiffée d'un calot musulman brodé. Il est entouré de ses filles et de son épouse, vêtues de longues jupes tchétchènes et de foulards, qui pleurent en l'écoutant parler. Saïd Hussein n'a pas peur de parler, et ce simple fait constitue une sorte d'exception en Tchétchénie, où la crainte de représailles par les militaires russes ou leurs supplétifs locaux pousse de nombreuses victimes d'exactions au silence. La dépouille ensanglantée du fils de Saïd Hussein, Idriss, âgé de 20 ans, ainsi que les corps torturés de sept autres habitants du hameau de Douba-Iourt ont été retrouvés le 9 avril, en bordure d'une route, par un conducteur de tracteur. Ils avaient été enlevés en pleine nuit, deux semaines avant, par un groupe de soldats russes qui avaient fait irruption dans l'aoul (village) à bord d'une colonne de deux transports de troupes blindés, cinq véhicules Ouaz tout-terrain, un minibus Gazelle, et deux voitures Niva. Les soldats portaient des cagoules noires, comme souvent lors des rafles nocturnes qui, depuis deux ou trois ans, sont devenues une macabre routine dans la région. Ils ont distribué des coups de crosse, lancé des injures, et traîné Idriss, qui n'a pas eu le temps de s'habiller, hors de la cour. Les recherches lancées dès le lendemain par la famille auprès des instances du pouvoir mis en place par Moscou en Tchétchénie, sont restées infructueuses, comme toujours dans de tels cas d'enlèvements. Mais, par l'entremise de médiateurs officieux, Saïd Hussein a acquis la certitude que son fils avait été emmené vers la principale base militaire russe en Tchétchénie, la forteresse de Khankala, de sinistre réputation. Il en fournit la preuve. Le vieil homme tend un document établi par les services du "procureur" de Shali, chef-lieu de la région, daté du 29 mars. Y figurent les noms des huit hommes kidnappés, et cette mention : "Les personnes ci-dessus se trouvent à Khankala." Le texte ajoute qu'ils ont été "arrêtés et emmenés par des soldats des forces fédérales non identifiés". Le document est une rare preuve écrite, officielle, de l'implication de troupes russes dans des enlèvements. L'état des corps retrouvés le 9 avril est venu confirmer ce qui, pour les Tchétchènes, est depuis longtemps devenu une évidence : à savoir que Khankala sert de centre de tortures et d'exécutions sommaires dans le cadre de ce que le Kremlin désigne officiellement, depuis quatre ans, comme une "opération antiterroriste dans le Caucase du Nord". Une vidéo amateur, tournée avant de procéder aux obsèques, montre, dans de longues séquences, les stigmates du calvaire subi par les jeunes hommes kidnappés. Entailles profondes de couteau sur le torse et dans le dos, plantes de pieds brûlées, crânes fracassés, doigts brisés, dents arrachées, impacts de balles dans les cuisses et dans la nuque. De larges plaies sur les épaules et les reins semblent indiquer qu'ils ont aussi été battus avec des barres de fer. "Quel être humain a pu faire ça ? Ce sont des monstres ! Il n'y a ici aucun pouvoir digne de ce nom, il n'y a pas un gramme de loi. Ici se déroulent le meurtre, la barbarie et le vol", s'émeut Saïd Hussein, assis sur la banquette. "Ils tuent nos jeunes hommes comme du bétail, ils les massacrent sans même demander leur nom. Les Russes veulent une seule chose, c'est nous chasser d'ici, de notre terre. Mais nous ne partirons pas, car nous n'avons nulle part où aller. Je serai enterré ici. J'ai vécu la déportation -le 23 février 1944, Staline avait ordonné la déportation de tout le peuple tchétchène par wagons à bestiaux vers l'Asie centrale- ; je suis né dans un wagon de train, et ma famille a connu la faim au Kazakhstan. Nous sommes rentrés à Douba-Iourt le 20 mai 1957 ; nous sommes rentrés de la déportation, et nous ne partirons plus", affirme le vieil homme. Saïd Hussein veut se battre pour obtenir justice après l'assassinat de son fils : "J'ai déjà reçu des menaces ; on m'a fait comprendre que j'aurai des ennuis si j'insistais, mais je ne renoncerai pas." Isolé dans ce village dont l'accès est contrôlé par des postes russes, le vieux paysan a reçu l'appui de l'association de défense des droits de l'homme Memorial, fondée par Andreï Sakharov, qui a documenté la découverte du charnier de Douba-Iourt. "Ce cas est notable car les corps ont été retrouvés", dit un représentant de cette organisation, la seule à s'efforcer de recenser, sur place, les crimes perpétrés contre les civils. "Le plus souvent, ajoute-t-il, les personnes emmenées à Khankala disparaissent. D'après nos informations, la base militaire abrite plusieurs fosses communes. Les soldats enterrent leurs victimes ou les déchiquettent à l'explosif pour effacer les traces de tortures. Mais parfois les militaires jettent quelques corps torturés e! n bordure de route, où ils sont facilement retrouvés, afin d'injecter encore plus de peur chez les habitants." Les données de Memorial sur les enlèvements et les exécutions sommaires en Tchétchénie sont de plus en plus partielles, en raison du climat de terreur, des délations, de la crainte de témoigner chez les victimes ou leurs proches. Depuis le début de l'année, Memorial a relevé 90 cas d'enlèvements d'habitants. Le niveau de violence contre les civils s'est encore aggravé depuis la fin du "processus électoral" organisé en 2003 par le Kremlin en Tchétchénie, lorsque des simulacres de votes ont visé à légitimer le pouvoir d'Akhmad Kadyrov. "Le seul fait que le nombre d'exactions ait baissé à l'approche des "scrutins", créant ainsi un semblant de normalisation, et qu'il soit ensuite remonté de plus belle, prouve que ce phénomène de violence est "régulé"", commente-t-on à Memorial : "Cette violence obéit non pas au hasard, ni à des dérapages de soldats ou de miliciens, mais à une politique suivie." Idriss, le fils de Saïd Hussein, avait, comme d'autres jeunes Tchétchènes en quête de sécurité et de protection contre les militaires, rejoint en 2003 une milice officielle chargée de protéger les bâtiments de l'administration prorusse de Shali. Mais n'ayant toujours pas reçu de paie au bout de quelques mois, il avait démissionné. Son père pense qu'il a été ciblé par les militaires en raison de ses pratiques religieuses. "Nous sommes croyants, mais nous avons toujours détesté les wahhabites, ces criminels, que j'ai d'ailleurs combattus au point d'en perdre une jambe, en 2000, lorsqu'ils se sont retirés de Grozny vers les montagnes", dit Saïd Hussein, avant d'ajouter : "Mon fils avait étudié l'arabe, dans un institut dirigé à l'époque par Kadyrov, mais ses études ont été interrompues par la guerre." Natalie Nougayrède





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