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Al-Ahram Hebdo - 21 septembre 2009 Alors que les combats font rage entre l’armée et la rébellion zaïdite, la situation humanitaire continue de se dégrader à Saada dans le nord du pays par Hicham Mourad La guerre au Yémen fait rage et rien ne semble pouvoir arrêter la dégradation de la situation, notamment pour les civils. Samedi et dimanche, l’armée a tué 22 rebelles chiites lors d’opérations dans la province de Saada, fief de la rébellion dans le nord du pays. Quinze rebelles ont été tués lors de différentes opérations, a affirmé une source militaire sur le site internet du ministère de la Défense, 26sep.net, assurant que d’autres, dont il n’a pas précisé le nombre, ont été tués par des « citoyens » qui ont saisi deux véhicules leur appartenant. Auparavant, une autre source militaire, citée par l’agence officielle Saba, a fait état de la mort de sept rebelles dans ses opérations samedi pour permettre la réouverture d’axes routiers, fermés par des barrages installés ou des mines posées par les rebelles. En outre, les forces de sécurité ont arrêté trois rebelles armés à Haradh, dans la province de Jawf (nord). Vendredi, l’armée avait annoncé qu’elle préparait un assaut contre l’axe routier stratégique conduisant à Saada. L’armée avait déclenché le 11 août son offensive « Terre brûlée » contre les rebelles chiites dans le nord du pays. L’offensive se concentre actuellement sur l’ouverture de la route entre Harf Sufyan, située dans la province de Omrane, et la ville de Saada, capitale de la province du même nom. Le pouvoir accuse la rébellion d’être soutenue par l’Iran chiite. Pour leur part, les rebelles affirment que Sanaa bénéficie d’une assistance militaire de l’Arabie saoudite, une monarchie sunnite qui jouxte leur fief. Face à l’offensive gouvernementale, le chef des rebelles, Abdel-Malek Al-Houti, a menacé les autorités de Sanaa de mener une guerre d’usure « beaucoup plus longue qu’il ne pourrait s’y attendre », lui promettant de « grosses surprises ». « Les autorités ont raté l’occasion » de mettre fin aux hostilités et « elles assumeront les conséquences de la guerre », a déclaré le chef rebelle. Sanaa a posé six conditions pour l’arrêt de son offensive contre les rebelles. Elles portent notamment sur un retrait des rebelles des bâtiments officiels, la réouverture des routes et la remise des armes saisies aux services de sécurité. Mais la rébellion rejette ses conditions et a réclamé une trêve militaire, ce que refuse le gouvernement. Situation humanitaire dramatique La poursuite de combats acharnés a poussé les organisations humanitaires à tirer la sonnette d’alarme dans la ville de Saada, fief des rebelles, où elles n’arrivent pas à acheminer de l’aide. « La situation humanitaire est très difficile à Saada », a déclaré une porte-parole du Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR). « Nous n’avons pu acheminer de l’aide dans Saada, car les couloirs humanitaires n’ont pas été sécurisés et tout ce que nous savons c’est que la situation humanitaire est très difficile », a ajouté Laure Chedrawi. « Les habitants de Saada se terrent chez eux et il y a une hausse vertigineuse des prix des produits alimentaires » en raison des combats, a-t-elle expliqué. Les autorités et les rebelles s’accusent d’entraver l’acheminement de l’aide humanitaire. Mme Chedrawi a indiqué que le HCR et d’autres organisations tentaient d’ouvrir un couloir humanitaire pour acheminer de l’aide à Saada à partir du territoire saoudien, distant de la ville de quelque 70 km, alors que la capitale yéménite Sanaa se trouve à 240 km. Il n’y a pas de recensement récent de la population de Saada, capitale de la province du même nom, mais les dernières estimations, datant de 2004, évaluent à 60 000 le nombre de ses habitants. Pour sa part, le porte-parole du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) pour le Moyen-Orient, Hicham Hassan, parle d’un « véritable problème humanitaire » dans le nord du pays où, selon lui, « un grand nombre de déplacés fuient leurs demeures à pied » et où les pluies saisonnières et la baisse des températures attendues peuvent ajouter à leur misère. Le CICR avait récemment recensé quelque 25 000 déplacés. « Mais cela ne reflète pas le nombre réel », a-t-il averti. Propos corroborés par Mme Chedrawi, qui a estimé que les récents combats avaient déplacé dans les provinces de Saada et de Ormaie, plus au sud, quelque 35 000 personnes, qui viennent s’ajouter aux quelques 100 000 déplacés des différents épisodes du conflit qui a éclaté en 2004. L’Onu estime pour sa part à 55 000 les déplacés des combats. La directrice de l’Unicef (fonds des Nations-Unies pour l’enfance) pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Sigrid Kaag, s’est, de son côté, alarmée des retombées du conflit sur les enfants qui forment le gros des déplacés et qui risquent de ne pas être scolarisés cette année. Quant au porte-parole du HCR à Genève, Andrej Mahecic, il a précisé qu’il n’y avait plus d’eau courante à Saada depuis le 12 août, que les stocks de vivres s’épuisaient et que la population continuait à fuir. C’est pour cette raison que les Nations-Unies ont lancé un appel de fonds d’urgence de 23,5 millions de dollars pour venir en aide à environ 150 000 déplacés dans la région du nord du Yémen. « L’Onu a approuvé au total 38 projets » d’aide, a précisé le responsable des affaires humanitaires de l’Onu, John Holmes. Cet appel de fonds d’urgence permettra d’apporter aux déplacés, d’ici la fin de l’année des « aliments, des abris, ainsi qu’une assistance en matière de santé et d’assainissement des eaux », a-t-il ajouté. Environ 150 000 personnes ont été déplacées par le conflit dans la région nord du Yémen, dont 55 000 depuis que les combats se sont intensifiés en juillet 2009. Holmes a indiqué que certains des déplacés se trouvent dans des camps, pendant que d’autres ont trouvé refuge « dans des écoles, des bâtiments abandonnés ou dans des abris ». « Des déplacés sont kidnappés par les rebelles qui les utilisent comme boucliers humains », a-t-il ajouté. Une partie des fonds demandés par l’Onu, 6,1 millions de dollars, permettra à l’Unicef d’aider les enfants et les femmes victimes des violences. Sur les déplacés, au moins 60 % sont des enfants, selon l’Unicef. Si la crise humanitaire a atteint un point critique, l’Onu estime toutefois que le Yémen ne vit pas encore une « catastrophe humanitaire » mais une situation dans laquelle des milliers de « personnes ont des besoins désespérés ». Depuis 2004, les violences entre le pouvoir central et la rébellion ont fait des milliers de morts à Saada. Les rebelles chiites luttent pour le rétablissement de l’imamat zaïdite, un régime monarchique renversé par un coup d’Etat militaire en 1962, année où la République a été proclamée.





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