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LA POLEMIQUE CONTINUE
Al-Ahram Hebdo - 16 octobre 2009
Niqab. Son interdiction dans les établissements scolaires et universitaires non mixtes d’Al-Azhar provoque une levée de boucliers dans les milieux islamistes. Etat des lieux.
Obligation religieuse ou coutume sociale ? Le niqab, ce voile intégral couvrant le visage de la femme, est une fois de plus au centre d’une vive polémique. Tout commence par une banale visite du grand imam d’Al-Azhar, Mohamad Sayed Tantawi, dans une école relevant de cette institution religieuse. Constatant qu’une jeune élève de 12 ans porte le niqab, Tantawi lui demanda de l’enlever, mais elle refuse et lui dit qu’ele. C’est alors que le cheikh s’énerve et gronde la jeune fille en lui faisant remarquer qu’il n’y a que des filles de son âge dans la classe et que même l’institutrice est une femme. Porté par une colère, Tantawi dit à la jeune fille qu’elle n’est pas jolie (insinuant par là que rien ne justifie le port du niqab) et qu’il était plus versé dans la religion que ses parents. Suite à cet incident, le cheikh Tantawi et le Haut Conseil d’Al-Azhar ont pris la décision d’interdire le port du niqab dans les établissements scolaires et universitaires non mixtes relevant d’Al-Azhar ainsi que l’obligation de l’enlever lors des examens si les surveillantes sont des femmes. Dans un communiqué publié cette semaine, le Haut Conseil justifie cette décision qui vise, selon lui, à « répandre la confiance et le bien-être, car l’insistance de porter le niqab en présence de femmes est un genre le rigorisme rejeté par la charia islamique ». Le Haut Conseil a affirmé par ailleurs qu’Al-Azhar n’est pas opposé au port du niqab ni dans la rue ni au travail, mais « l’utilisation du niqab là où il n’y a pas lieu est une forme de rigorisme qui fait qu’il sera gravé dans la mentalité des jeunes filles ».
Le débat était donc lancé, d’autant plus que le ministre de l’Enseignement supérieur, Hani Hilal, a promulgué, lui aussi, un décret interdisant le port du niqab dans les cités universitaires. Cette décision a soulevé l’ire de certaines étudiantes et de leurs familles qui ont organisé des manifestations devant les cités universitaires, soutenus par les centres des droits de l’homme et plusieurs activistes et avocats égyptiens.
Les premières réactions aux décisions du cheikh d’Al-Azhar sont venues de l’étranger. En Arabie saoudite, des oulémas comme Mohamad Al-Negémi ont appelé le cheikh à revenir sur sa décision et de respecter la religion, en insistant sur le fait que le niqab a été cité dans les paroles du prophète. Au Koweït, le député soufi Mohamad Haïef a jugé « honteuse » la position du cheikh d’Al-Azhar, affirmant qu’il est connu pour ses fatwas qui sont loin de l’esprit religieux. En Europe, il y a eu également des réactions. En Italie, la décision a été favorablement accueillie. « Il n’y a plus aucun doute maintenant sur la question du voile complet après les clarifications d’Al-Azhar, la plus grande autorité religieuse du monde islamique », a déclaré Barbara Salta Marbie, du parti italien du peuple de la liberté. Et d’ajouter qu’il serait absurde d’éviter que cette question soit débattue en Italie pour réduire la propagation du niqab, qui symbolise, selon elle, la soumission de la femme. Elle a également déclaré espérer que le Parlement italien parvienne à un projet de loi relatif à ce sujet.
Les Frères réclament la démission de Tantawi
Sur le plan interne, la confrérie interdite mais tolérée des Frères musulmans est montée au créneau, ouvrant le feu sur le cheikh d’Al-Azhar et réclamant sa démission. « Personnellement, je ne pense pas que le niqab soit une obligation religieuse. Toutefois, c’est une vertu. Comment peut-on condamner la vertu ? », s’interroge Hamdi Hassan, porte-parole de la confrérie à l’Assemblée du peuple. Et d’ajouter que Tantawi ne peut pas rester à son poste car il porte atteinte à Al-Azhar à chaque fois qu’il parle. Même son de cloche du côté du député islamiste Ali Al-Labbane, qui a soumis une interrogation urgente au premier ministre, Ahmad Nazif. Il dénonce « une violation de la liberté de la jeune fille ». « Cette jeune fille a été humiliée parce qu’elle porte le niqab. L’obliger à l’enlever était une humiliation et une atteinte à sa dignité et à son amour propre », lance Al-Labbane. Il affirme que la décision de Tantawi est contraire au verdict de la Haute Cour administrative qui avait précédemment jugé que l’interdiction du port du niqab, établie par l’Université américaine au Caire, était nulle et non avenue. Le verdict avait confirmé que, bien que le niqab ne soit pas une obligation, il est permis, donc impossible d’interdire ce qui est permis. Al-Labbane ajoute que cette décision pourrait empêcher les étudiantes étrangères de venir étudier à Al-Azhar, surtout les étudiantes provenant de pays qui considèrent le niqab comme une obligation ou une sunna.
Ce n’est pas la première fois qu’une polémique éclate autour du niqab en Egypte. Il y a quelques mois, le ministre de la Santé, Hatem Al-Gabali, avait pris la décision d’interdire le port du niqab au personnel médical, faisant valoir des raisons d’hygiène. La décision du ministre avait alors soulevé un haro dans les milieux islamistes. La plupart des oulémas considèrent que seul le voile, qui couvre le corps à l’exception des mains et du visage, est une obligation religieuse.
Des femmes contre le niqab
C’est l’avis d’Amna Nosseir, professeur à l’Université d’Al-Azhar et ex-doyenne de la faculté d’études islamiques et arabes à Alexandrie, qui affirme que le niqab n’est ni une obligation ni une législation musulmane. Il s’agit, selon elle, d’un héritage de l’Ancien Testament de la Torah. « Le niqab a été cité dans l’Ancien Testament. L’islam ne l’a ni imposé ni rejeté. La culture du niqab nous a été transmise par les tribus juives et arabes. Cette culture renforce la volonté de l’homme de cloîtrer la femme pour la protéger », explique Amna Nosseir. Les dernières années ont connu une progression significative dans le port du niqab en Egypte. Cela a plusieurs raisons selon Amna Nosseir. « Le facteur le plus important est le retour en Egypte de la main-d’œuvre égyptienne qui travaillait dans les pays du Golfe où cette pratique est répandue. Cette main-d’œuvre de culture moyenne nous a alors rapporté cette habitude », pense Nosseir. Outre ce facteur de main-d’œuvre, les chaînes satellites religieuses ont consolidé la tendance salafiste selon laquelle le niqab est une obligation. « De plus, la jalousie aveugle de certains hommes a contribué à renforcer ce phénomène », affirme Amna, pour qui le niqab établit une sorte d’obstacle entre la femme et la société. « Ainsi, au lieu de participer à la vie, d’assimiler les différentes sciences et se spécialiser dans certains domaines, elle se cloître dans cet accoutrement que l’islam n’a pas imposé », assure-t-elle.
Quant à Soad Saleh, professeur de jurisprudence comparée à l’Université d’Al-Azhar, elle exprime son soutien à l’interdiction du niqab dans les universités et les instituts d’Al-Azhar en affirmant qu’il ne s’agit ni d’une obligation ni d’une sunna. Comme Amna Nosseir, elle affirme que le niqab mène à l’isolement social des femmes, car il constitue un mur entre elles et la société.
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