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MANOEUVRES DE DESENCLAVEMENT
 Al-Ahram Hebdo - 21 avril, 2010
par May Al-Magrabi
Cela fait déjà plusieurs semaines que la Confrérie interdite, mais tolérée, des Frères musulmans multiplie les initiatives en vue d’un dialogue avec l’opposition traditionnelle. Une délégation des Frères musulmans s’est rendue, il y a quelques jours, au siège du parti du Rassemblement unioniste progressiste (UPI, gauche) pour tenter de trouver une plate-forme commune entre les deux formations séparées par des divergences profondes et de longues années d’hostilité. « Quelles que soient les divergences, il est important que l’ensemble de l’opposition unifie les rangs. Notre but est de trouver un terrain d’action commun sur des dossiers comme la suppression de l’Etat d’urgence et la nécessité d’un nouvel amendement constitutionnel avant les élections présidentielles », explique un responsable du parti du Rassemblement. Une délégation des Frères s’est rendue également au Parti nassérien avec le même but : trouver un terrain commun. Parallèlement et dans le même contexte, le député nassérien Hamdine Sabbahi, chef du projet de parti d’Al-Karama, et plusieurs cadres de son parti ont rendu visite au guide suprême de la Confrérie, Mohamad Badie. Les discussions ont porté sur la transparence des élections et réforme politique. Les Frères attendent toujours de discuter avec le néo-Wafd et le Parti du front démocrate de Ossama Al-Ghazali Harb.
Quel est le but de ces initiatives ?
« Il y a actuellement une activité politique en Egypte et il était important pour nous, en tant que confrérie, de participer à cette activité. C’est vrai qu’il y a des divergences idéologiques et politiques entre nous et certains partis. Mais nous avons des demandes et des revendications communes. Je crois que toutes les forces politiques doivent coopérer pour faire face à l’obstination du régime qui refuse de lancer une réforme politique réelle. C’est un moyen de faire pression sur l’Etat », explique le député islamiste Hamdi Hassan. « Ce n’est pas le moment de parler des idéologies et des différends. Le plus important est de lutter pour la réforme et la démocratie », affirme pour sa part Essam Al-Ariane, cadre des Frères musulmans.
A l’approche des échéances électorales (élections législatives en novembre prochain et présidentielles en 2011), la scène politique égyptienne est en effervescence. L’émergence de Mohamad ElBaradei, ancien chef de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), et la fondation de son mouvement pour le changement ont largement contribué à cet état d’effervescence. Se démarquant d’ElBaradei, les partis de l’opposition traditionnelle ont commencé à se concerter en vue des législatives. Or, les Frères musulmans, soumis à une campagne d’intimidation de l’Etat, ne voulaient pas rester à l’écart de ces développements qui, peut-être, vont déterminer l’avenir de l’Egypte au cours des prochaines années. Les Frères visent à se protéger des coups sécuritaires. Ils cherchent à conclure une transaction pour les prochaines législatives.
Le dialogue engagé par la Confrérie avec les partis de gauche a eu des fortunes diverses. Si le Parti nassérien a annoncé que le dialogue avec la Confrérie « se poursuit », le parti du Rassemblement a décidé d’arrêter le dialogue. « Nous refusons les idées des Frères et la poursuite du dialogue avec eux est vaine. Les Frères veulent retourner en arrière avec l’idée de l’Etat religieux, alors que nous cherchons un changement avec un Etat civil », s’insurge Réfaat Al-Saïd. Abdel-Réhim Ali, membre du parti du Rassemblement qui vient de démissionner en guise de protestation contre le dialogue avec les Frères, affirme que ce dialogue était voué à l’échec vu l’absence d’un terrain idéologique et politique commun. « Je me demande pourquoi les Frères cherchent maintenant à établir un dialogue avec les partis. Les Frères sont actuellement complètement isolés, aucune transaction avec le PND, ils sont exclus de la coalition des partis ainsi que de la coalition nationale soutenant ElBaradei. Je crois que c’est une tentative de leur part de se replacer sur la scène politique en utilisant la légitimité des partis. Mais les Frères n’auront pas les mêmes chances de réussite qu’aux législatives de 2005 et d’autre part, si le PND leur offre un marché, ils tourneront vite le dos aux partis », analyse Hassan.
Lors des législatives de 2005, les Frères avaient réalisé l’un de leurs plus grands succès au cours de ces dernières années, en remportant 88 sièges au Parlement. Ils cherchent à présent à se positionner en vue des prochaines échéances électorales. Mais ils doivent faire face à une campagne étatique sans merci visant à les isoler politiquement. « Autrefois, le régime se contentait des rafles et des coups sécuritaires. A présent, il a recours à d’autres moyens pour affaiblir la confrérie », indique Ammar Ali Hassan, politologue. Il pense que la campagne préventive va se poursuivre durant les prochains mois. Cette campagne se déroulera sur plusieurs axes, à savoir un axe médiatique visant à assombrir l’image des Frères dans les médias officiels et un autre dont le but est d’affaiblir la Confrérie financièrement en confisquant ses biens et en accusant ses dirigeants de blanchiment des fonds. « Le dialogue actuellement engagé par la confrérie avec les partis politiques vise peut-être à les sortir de leur isolement. Mais c’est aussi une carte de pression, tout comme le soutien hésitant qu’ils ont donné à la candidature d’ElBaradei pour obliger l’Etat à conclure un marché convenable avec eux avant les prochaines législatives », conclut Ammar.
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