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>> La Sentinelle de Tunisie


LA LAÏCITÉ DE L'ÉTAT NE MENACE EN AUCUN CAS L'IDENTITÉ D'UN PEUPLE

La Sentinelle de Tunisie - 30 août 2011

Entretien avec l'écrivaine et intellectuelle Sophie Bessis

"Sophie Bessis, écrivaine et intellectuelle tuniso-française d’origine juive est une des figures militantes de la gauche tunisienne et du mouvement féministe dans le Maghreb. En témoigne ses livres :Femmes du Maghreb : l'enjeu , (avec Souhayr Belhassen, éd. Jean-Claude Lattès, Paris, 1992), Les Arabes, les femmes, la liberté (éd. Albin Michel, Paris, 2007). Elle a également écrit une biographie de Bourguiba avec Souhayr Belhassen (éd. Jeune Afrique, 1988, qui va être republiée en septembre aux éditions Elyzad).

Son attachement à son pays natal est sans faille même si elle n’y réside que partiellement depuis longtemps. La Tunisie est omniprésente dans ses écrits dont le dernier en date est  Dedans, Dehors  (édition Elyzad 2010). Dans ce livre, elle revient justement sur sa relation complexe avec sa patrie, ses souvenirs de jeunesse et de militantisme au sein de la gauche, tout en évoquant le parcours de certains de ses compagnons de route.

Et alors que ce livre se ferme sur une note de nostalgie et de pessimisme, et au moment même où elle était venue le présenter à Tunis, à El Teatro, survenait la révolution et, avec elle, un nouvel espoir.

Sophie Bessis se trouve encore une fois témoin des changements historiques qui bouleversent le pays. Mieux, elle y prend partie en participant à la manifestation du 14 janvier. Aujourd’hui, elle est membre de la Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique. Elle participe, de ce fait, au façonnage de la nouvelle Tunisie".

Comment avez-vous vécu cette révolution?

D'abord comme un très grand bonheur. Depuis décembre, j'étais évidemment à l'affût de toute information venant de Tunisie. Puis je suis arrivée à Tunis début janvier, et j'ai eu la chance de voir de mes yeux les Tunisiennes et les Tunisiens se lever partout avec la ferveur et le courage que l'on sait pour réclamer la dignité et la liberté, et mettre fin de la dictature. J'étais avenue Bourguiba le 14 janvier, et cette journée restera comme un des grands moments de ma vie. Je suis fière de pouvoir dire : j'y étais.

Vous qui avez écrit sur les femmes et qui avez contribué à l'adoption au sein de la Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, d'une loi électorale qui institue la parité, pensez-vous que les acquis de la femme tunisienne seraient préservés dans le futur et qu'elle aurait la possibilité d'en avoir plus?

En matière de condition féminine, la Tunisie a une histoire particulière. Grâce au Code du statut personnel promulgué dès 1956, les Tunisiennes jouissent de droits qui n'existent nulle part ailleurs dans le monde arabe. Et elles occupent au sein de la société une place qui n'a pas d'équivalent ailleurs dans la région. Pour autant, la loi tunisienne n'est pas égalitaire. Les femmes doivent donc se battre non seulement pour sauvegarder les acquis qui sont les leurs, mais pour obtenir que la législation consacre l'égalité totale des sexes dans tous les domaines. La revendication de la parité dans les listes électorales fait partie de ce combat, et une bataille importante vient d'être remportée avec son obtention. Mais tout n'est pas gagné pour autant. D'abord parce que les conquêtes ne sont jamais irréversibles, que des franges non négligeables de la société demeurent conservatrices, et qu'elles n'ont pas accepté de gaîté de cœur les acquis des cinquante dernières années. Le fait, par exemple, que sur les  quelque 13 représentants des régions à la Haute Instance ne figure pas une  femme, alors qu'elles ont joué dans tout le pays un rôle déterminant au cours du processus révolutionnaire, montre qu'il reste encore  bien des Bastilles à prendre.Mais la Tunisie a aussi une vieille liaison avec la modernité, qui a commencé avant la colonisation. C'est pourquoi le débat public peut aujourd'hui avoir lieu sur les questions liées aux femmes et, plus largement sur l'ensemble des sujets qui engagent l'avenir du pays. Face  à la permanence du conservatisme et à un retour du religieux qui n'est guère favorable à l'émancipation des femmes,  des secteurs importants de la société sont prêts, je crois, à franchir le pas de l'égalité des sexes.Au point de vue sociétal, la Tunisie a totalement changé au cours du dernier demi-siècle. La loi doit suivre. Mais les femmes ne doivent pas oublier que chaque conquête est le résultat d'un combat. Dans l'immédiat, il faut obtenir que le gouvernement de transition propose de lever la totalité des réserves à la Convention des Nations unies sur toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (Cedaw). Lors d'une première tentative en janvier, le gouvernement précédent s'était heurté à de fortes oppositions en son sein même. Cela montre le travail qui reste à accomplir.

Que pensez-vous de la polémique sur la laïcité aujourd'hui en Tunisie et estimez-vous qu'il sera possible de l'inscrire dans la nouvelle Constitution?

C'est une question complexe. Je ne pense pas, d'ailleurs, que ce soit une polémique. C'est un vrai débat, et il est sain qu'il ait lieu. Dans l'idéal, je suis partisane de la laïcité qui, ne l'oublions pas, n'a rien à voir avec l'athéisme, comme certains voudraient le faire croire. La loi française de 1905 est fondée sur le fait que l'Etat a un devoir de neutralité par rapport à tous les cultes. La laïcité est donc d'abord une modalité publique du vivre ensemble. De plus, l'instauration de la laïcité me semble être la seule façon de mettre sur un pied total d'égalité tous les citoyens, à quelque confession qu'ils appartiennent, ou qu'ils n'en aient aucune. La liberté de conscience qu'elle implique va bien au-delà de la simple liberté de culte. Aucune norme religieuse ne devrait avoir le pouvoir de régir la sphère publique.A mon sens, la laïcité de l'Etat ne menace en aucun cas l'identité d'un peuple. Et il est évident que l'arabité et l'islam sont consubstantantiels de l'identité tunisienne, même si elle ne se réduit pas à ces deux composantes. L'histoire de la Tunisie, et c'est ce qui fait sa richesse, est ancienne, plurielle, faite d'apports multiples qui ont créé cette subtile alchimie que certains appellent la tunisianité. Ce constat n'occulte en rien la place prépondérante qu'occupe l'islam dans la construction de l'identité tunisienne. De fait, et en dehors du cas turc, la laïcité existe dans plusieurs pays où la religion majoritaire est l'islam. Prenez le cas du Sénégal. Ce pays à près de 95% musulman a eu pendant vingt ans pour chef de l'Etat Léopold Sédar Senghor, de confession catholique. Que je sache, cela n'a pas mis l'islam sénégalais en danger, à aucun moment.

Considérez-vous qu'il est nécessaire de garder l'article 1 de la Constitution, et de donner donc raison à ceux qui le considèrent comme garant de l'identité arabo-musulmane du pays?

Il faut être réaliste. On ne peut probablement pas brûler les étapes et il se peut que les Tunisiens, dans leur majorité, ne soient pas prêts à faire le saut vers une Constitution laïque. Ils doivent d'abord faire le chemin qui mène à la compréhension de ce qu'est la laïcité. L'islam devra donc être, d'une façon ou d'une autre, présent dans le nouveau texte constitutionnel. C'est dans ce contexte que doit être posée la question de l'article I. Dans l'idéal toujours, il serait souhaitable de reformuler sa seconde partie. Il pourrait, en matière religieuse, adopter la formulation suivante : "l'islam est la religion de la majorité des Tunisiens", ce qui correspond à la stricte réalité. Si le consensus n'est pas obtenu sur une telle modification, il conviendra alors d'assortir cet article demeuré en l'état d'une sorte d'avenant empêchant qu'il ne soit utilisé pour justifier quelque discrimination de quelqu'ordre que ce soit. Il faudra empêcher que l'article I puisse fournir à certains l'occasion de confessionnaliser la loi tunisienne dans quelque domaine que ce soit.Dans cette optique, l'abrogation de l'article indiquant que le président de la république doit obligatoirement être musulman serait un signe fort. Cela ne changerait rien dans les faits puisque plus de 99,9% de la population tunisienne est musulmane - croyante ou pas -, mais ce serait un grand pas symbolique vers l'égalité.  Comme pour la parité, la Tunisie pourrait être fière de montrer le chemin vers l'universalité.

Dans votre dernier livre "Dedans, dehors", vous vous disiez à l'intérieur de ce pays et en même temps à l'extérieur, où vous situez-vous aujourd'hui?

Comme pour beaucoup d'individus issus de minorités ethniques ou confessionnelles dans la tourmente du XXe siècle, mon histoire personnelle est le fruit des vicissitudes de la grande histoire. L'hégémonie du nationalisme arabe dans les années cinquante et soixante, la question d'Israël, ont fait que les juifs - dans leur grande majorité - ont quitté le monde arabe. Pas tous, et pas tous de la même manière. En ce qui me concerne,  même si je bénéficie de la double nationalité depuis les années 80, je me suis toujours considérée avant tout comme tunisienne. Et mon lien avec mon pays ne s'est jamais distendu. J'y ai mes racines, j'en ai fait un objet de travail et d'études, et c'est dans le cadre tunisien que j'ai mené un parcours militant. Mais la vie m'a aussi conduite en France, qui m'est devenu un pays familier. C'est dans la langue française que je pense et que j'écris. Mes pas m'ont aussi conduite en Afrique subsaharienne, qui m'a adoptée. Je suis donc tunisienne et citoyenne du monde. C'est ma richesse. Mais aujourd'hui, je me sens certainement plus "dedans" qu'il y a quelques mois. A l'étouffement de la dictature succède la respiration de la vie. J'ai envie de participer, dans la mesure de mes moyens et de ce que je peux apporter, à la construction d'une Tunisie démocratique, peuplée de citoyens et de citoyennes libres et ouverts sur le monde.

Au fil des souvenirs que vous évoquez dans le livre, vous revenez sur l'expérience de la gauche tunisienne et plus précisément sur celle de "Perspectives", selon vous pourquoi les jeunes de votre époque ont échoué dans leur révolution, alors ceux d'aujourd'hui ont réussi?

Votre question mériterait un livre entier. J'essaye donc juste de donner quelques éléments de réponse. D'abord, l'histoire a un ryhtme et des étapes. Dans les années 60 et 70, la Tunisie sortait à peine de l'époque coloniale, la lutte pour l'indépendance était proche et le temps n'était probablement pas venu pour une révolution. D'autre part, quels qu'aient été ses excès autoritaires, le régime de Bourguiba n'était pas celui de Ben Ali. S'ils pouvaient être sceptiques ou même hostiles à certaines de ses initiatives, comme l'a montré entre autres l'échec de l'expérience collectiviste, les Tunisiens n'avaient pas forcément envie de congédier leurs dirigeants qui avaient encore à leurs yeux une légitimité. Et, pour l'extrême-gauche de l'époque, la révolution était plus une figure de rhétorique qu'une perspective concrète. Elle était un horizon, pas un programme. C'est cela que Bourguiba a feint de ne pas comprendre, considérant comme un crime toute critique de sa politique et de sa personne.En 2011, la Tunisie indépendante a plus d'un demi-siècle. La lutte de libération appartient à l'histoire, et les jeunes qui ont fait la révolution ne se sentent plus redevables aux vieilles générations. Leur indépendance à eux, c'est la conquête de la liberté et d'un travail digne, maintenant. Plusieurs facteurs se sont conjugués pour qu'un changement radical de système puisse avoir lieu aujourd'hui. Il s'agit désormais pour la jeunesse de transformer l'essai révolutionnaire réussi en construction concrète d'une Tunisie libre et démocratique. D'une certaine façon, c'est à partir du 14 janvier que les difficultés ont commencé.

Vous qui avez écrit un livre sur Bouguiba avec Souhayr Belhassan, comment voyez -vous cette vénération aujourd’hui du combattant suprême, tout en cherchant à taire tout ce qu'il a infligé à ses opposants de votre génération?

Elle me semble logique, car elle est à la mesure du silence et du déni dans lequel Ben Ali a enseveli le premier président tunisien. Revenir aujourd'hui à Bourguiba est une façon pour les Tunisiens d'enterrer les 23 ans de benalisme. Tous les peuples ont besoin de figures fondatrices et il est évident que Bourguiba en a la stature. Quelles qu'aient ses dérives, il demeurera donc au panthéon de la mémoire tunisienne. Mais, après ce juste retour en grâce, il faudra en effet reconnaître qu'il est le créateur de l'Etat autoritaire. Au risque de déplaire aux bourguibiens purs et durs, il faudra rappeler que Ben Ali n'aurait pu instaurer la dictature brutale qui caractérisa son long passage au pouvoir si son prédécesseur ne lui avait préparé le terrain. Le « Combattant Suprême » lui a laissé en héritage des juridictions d'exception pour juger ses adversaires, des polices parallèles et des milices pour les terroriser,  une presse habituée à chanter les louanges du Chef. Son successeur a fait fructifier cette face sombre de l'héritage. Bourguiba eût été un vrai grand homme s'il avait accompagné son pays, qu'il aimait tant et qu'il a tant modelé, sur le chemin de la démocratie. Il n'a su, pas voulu. Les Tunisiens ont payé longtemps cette hypothèque qu'il leur a laissée.

 






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